"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent.

Imaginez que la traversée de vos gouffres en vous inspire plus que de la joie. C'était tout cela être le Zubial."

Alexandre Jardin, Le Zubial

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18.1.24

Fuck le camembert !

Tout avait commencé avec de bonnes intentions.

La période étant financièrement sensible et puisque j'avais une réunion importante en fin d'après-midi dans le pays du camembert, qu'à cela ne tienne, pour la première fois de ma vie je prendrais un car pour ce long déplacement.

Je me suis donc couchée tôt, réveillée à 1h30, partie à 2h30 et j'étais sur le parking près de la seconde grande gare de Lyon à 3h30. J'envoyai quelques mails urgents et me dirigeai vers la gare routière. Le temps de comprendre qu'il y a en réalité deux gares routières, j'attrapai in extremis mon bus en direction de Paris.

Je choisis un premier siège, au sujet duquel un passager sorti pour fumer m'informa vertement qu'il était le sien et m'invita subtilement à en choisir un autre. Décontenancée par tant d'agressivité, je restai accorte et saluai les passagers éveillés, avant de m'installer sur un siège libre. Personne ne se donna la peine de me répondre et je n'eus droit qu'à des regards surpris, voire réprobateurs. Compréhensive, la jeune femme sur le siège devant le mien m'informa qu'ils étaient tous épuisés car ils avaient fait le trajet depuis l'Espagne, étaient partis la veille et avaient dû changer régulièrement de sièges car certains grouillaient de punaises. Elle me montra même une vidéo qu'elle comptait envoyer à la compagnie en demandant le remboursement de son billet.

Je décidai de rester stoïque, moi que mes sœurs appellent la princesse petit pois depuis toujours et prenaient un malin plaisir à torturer psychologiquement pendant des heures en me faisant croire qu'elles avaient trouvé des poux dans mes cheveux quand elles me coiffaient, car elles me savaient phobique de la vermine. Je pris sur moi aussi parce que Petitout s'était copieusement moqué de moi en apprenant que je prendrais un car. Le jeune homme ayant décidé que je serais trop snob et bien trop précieuse pour me mélanger à la plèbe, j'étais bien décidée à lui prouver le contraire.

Quand mes proches voisins, non porteurs de masques, se mirent à tousser à s'en décrocher les poumons, je restai stoïque. Quand mes voisins de derrière, manifestement imbibés d'alcool se mirent à gueuler car plus nous approchions de la région parisienne et plus la température baissait, en partageant généreusement avec moi les relents de leurs beuveries, je restai stoïque. Quand mes deux voisins de droite, jeunes touristes asiatiques couverts d'objets de voyage trop kawaii et de bigoudis, se précipitèrent vers moi pour prendre des photos de la belle campagne française sous le givre, par ma fenêtre, je restai stoïque. Quand nous nous arrêtâmes à une station service pour nous repoudrer le nez et que j'en profitai pour acheter un livre intéressant et qu'une passagère me jeta un regard dubitatif, voire moqueur, je restai stoïque.

Je restai très très stoïque jusqu'à Paris et je fis bien. Un magnifique soleil m'y attendait et c'est le cœur plein d'allégresse que je pus aller voir le film "La tresse", encore mieux que le livre. Ensuite je pris un délicieux encas en terrasse et reçus un appel professionnel qui m'annonça une très bonne nouvelle. C'est donc joyeusement que je me dirigeai vers la gare routière pour prendre mon second car. Finalement cette journée serait merveilleuse, il y avait moins de monde dans ce second car, assurément plus propre et qui partit à l'heure.

Avant d'entrer dans le car j'avais aperçu un jeune homme coiffé d'une somptueuse coupe mulet qui me tira un grand sourire. Je souris plus encore en me souvenant que mon amoureux avait porté la même à l'adolescence et j'essayais d'imaginer la tête qu'il aurait aujourd'hui avec cette même coupe. Le jeune porteur de la coupe mulet m'avait vu sourire en le regardant et semblant croire que j'étais conquise, il s'assit à côté de moi et commença à me parler. 

Il me fallut du temps pour comprendre que le monsieur assis quatre rangées derrière et qui hurlait dans un long monologue incohérent n'était pas un plaisantin mais plus probablement schizophrène et alcoolisé. Le chauffeur du car fit le choix de mettre la radio à fond pour couvrir ses cris et c'est avec intérêt, mais crainte pour l'intégrité de mes tympans, que je découvris la programmation de ladite radio avec les décibels d'une boite de nuit. Bien heureusement, j'ai toujours des boules Quies dans mon sac à main, je m'en félicitai, tout en constatant que les autres passagers semblaient totalement impassibles. J'en déduisis que j'étais sans doute la seule à y voir un problème, mais je commençai sérieusement à soupçonner une caméra cachée.

Nous fîmes un second arrêt à la Défense et une nouvelle voisine, parfumée à la Marie-Jeanne, eut la gentillesse de m'offrir un nouvel environnement olfactif. Je réfléchissais à quelle personne j'avais pu offenser pour que mon karma s'acharne ainsi, lorsque je reçus un nouvel appel. Contre ordre, la bonne nouvelle professionnelle n'était plus valable, elle était attribuée à quelqu'un d'autre. 

Je restai digne, mais commençai à songer à l'exorcisme, lorsque le chauffeur s'arrêta sur le parking de l'autoroute et nous annonça une panne moteur d'une durée indéterminée. Je me mis à rire nerveusement, croyant à une plaisanterie, mais ce n'était pas une plaisanterie. Nous restâmes à l'arrêt pendant une bonne heure, avec notre bruyant roi du monologue qui décida de prendre la place du chauffeur, qui était sorti pour essayer de réparer le moteur ou du moins trouver une solution. Le chauffeur remonta, nous dit que l'état du moteur ne lui permettrait pas de nous conduire jusqu'à destination, mais qu'un autre car viendrait nous chercher. Il redémarra et nous emmena à la sortie suivante, dans un centre régional de formation des conducteurs de cars. Nous attendîmes pendant une heure et demi dans une salle de réunion et, comme dans Koh Lantah, des alliances commençaient à se former, des amitiés à naître. Le jeune homme à la coupe mulet révisait ses équations différentielles au tableau, tandis que des matrones canalisaient le roi du monologue et le sommaient d'arrêter de boire ses flasques de whisky.

Je restai stoïque.

Un nouveau car vint nous chercher, mais le chauffeur était furieux d'avoir été dérangé alors qu'il ne travaillait pas, car il allait rater un match de foot. Il parfait très fort au chauffeur du second car qui était monté avec nous. Nous eûmes tous l'occasion d'en apprendre beaucoup sur ses déboires sentimentaux actuels, son premier divorce, sa double nationalité, ses projets d'achat d'appartement, ses projets d'achat d'un car d'occasion pour l'envoyer au pays, ses projets d'achat de voiture neuve pour devenir conducteur de VTC et, comme il était urgent de faire une étude de marché, il utilisa son téléphone portable pour regarder les annonces de cars d'occasion et de voitures quasi neuves de sa main gauche, tout en conduisant à plus de 110 km/h sur l'autoroute de la main droite, alors même que son collègue lui expliquait qu'avec un car sur cette route il ne devait normalement pas rouler à plus de 90 km/h, ce qu'il ne semblait pas croire.

Pas plus que je n'en crus mes oreilles quand on nous appris que la préfecture venait du publier une alerte vigilance orange verglas et que la circulation des bus et voiture serait interdite dans toute la région pendant les 24 prochaines heures. J'avais évidemment raté ma réunion et me demandais quand ce cauchemar prendrait fin.

Arrivés à destination avec trois heures de retard, je me dirigeai vers le airbnb que j'avais réservé. J'avais fait 18 heures de route pour rien, j'étais épuisée et je reçus un sms du propriétaire de l'appartement qui me donnait la procédure pour entrer chez lui en son absence. Je vous jure que j'ai pensé que c'était encore une blague, mais celle de trop. Le parcours pour aller récupérer la clef dans un boitier à code caché derrière un mur, accéder à l'appartement par un passage caché et passer de nombreuses portes afin de pouvoir enfin ouvrir la porte d'entrée, était digne de Fort Boyard. Je voyais le liquide bleu s'écouler, je n'en pouvais plus.

Avant d'arriver à l'appartement j'avais juste eu le temps d'acheter deux trois choses à grignoter, ce que je fis avant de sombrer dans un sommeil profond. Le lendemain matin je décidai d'aller rencontrer un contact local, histoire de ne pas avoir fait la route pour rien et j'arrivai au rendez-vous trempée de la tête aux pieds. Il pleuvait fort et faisait en plus terriblement froid, avec le verglas sur les trottoirs je ne pouvais pas marcher vite.

J'avais bien heureusement pris un billet de train pour un trajet retour direct en fin d'après-midi, aussi je fus prise d'une irrépressible envie d'aller déjeuner dans un restaurant asiatique près de la gare pour me réchauffer avec une bonne soupe Pho. Comme il restait vingt bonnes minutes avant l'ouverture du restaurant, je décidai d'aller voir en gare si je pourrais échanger mon billet pour partir plus tôt. J'avais été bien inspirée car l'agent de la SNCF m'appris que mon train avait été supprimé et, comme j'étais stupéfaite de ne pas en avoir été informée, elle eut la gentillesse de me changer mon billet sans supplément. Seulement, j'avais une correspondance obligatoire à Paris. Qu'à ce la ne tienne, je n'étais plus à cela près.

Le temps de me repoudrer le nez et m'acheter un sandwich, je montai dans le TER en direction de Paris. TER sans chauffage dans lequel je me mis à claquer des dents tant j'avais froid et qui eut la bonne idée de s'arrêter vingt longues minutes en chemin. Enfin arrivée en gare de Paris saint Lazare, je me précipitai vers le métro, qui bien heureusement était direct jusqu'à la gare de Lyon. Mais, par principe ou solidarité avec les autres moyens de transport empruntés jusque-là (je ne saurais dire exactement), il s'arrêta lui aussi pendant vingt minutes.

Enfin arrivée à la gare de Lyon, je vis sur les panneaux d'affichage que deux TGV partaient en direction de Lyon à la même heure et depuis deux halls différents. Evidemment, j'attendais dans le mauvais hall et montai juste à temps dans mon TGV. Une fois confortablement installée à ma place dans la voiture, ils annoncèrent vingt minutes de retard au départ... Qu'à cela ne tienne, j'étais devenue l'incarnation de la zénitude, jusqu'à ce que monte dans ma voiture le plus immonde de mes collègues dans toute l'histoire de mon parcours professionnel. Je l'ignorai avec soin. 

Arrivée à Lyon, je me perdis dans la gare, en cherchant désespérément la sortie me permettant d'accéder à la bonne passerelle, pour arriver sur le bon côté du quai, au bout duquel se trouvait ma voiture. Mon amoureux me téléphona à ce moment-là et, toute guillerette à l'idée de son magnifique sourire quand il me retrouverait plus tôt que prévu, je l'informai que mon tgv direct avait été annulé et lui fis croire que j'étais encore à Paris et que j'allais tâcher de trouver un tgv rapidement pour le retrouver au plus vite.

Il me semble avoir versé une larme quand je me suis installée dans ma voiture.

C'est donc toujours guillerette que je me dirigeai vers l'A7, quand les panneaux annoncèrent un gros bouchon. Je sortis à temps pour prendre la nationale et suivis les autres voitures qui allaient dans la même direction que moi. Epuisée, je n'eus pas la présence d'esprit de mettre le GPS et me contentai de suivre la file de voitures. Quand elles tournèrent toutes à droite, je fis de même et me retrouvai sur l'autoroute en direction de Saint-Etienne... qui n'était évidemment pas ma direction.

Je pris la première sortie, fit un énorme détour et arrivai enfin à ma destination finale pour retrouver mon amoureux. Quand je toquai à la porte je ne lus pas un immense bonheur sur son visage mais une très grand colère. Il s'était terriblement inquiété et m'imaginait errant dans Paris, dans le froid et le désespoir.

Bref ! Je n'aime plus le camembert.

6.9.17

Parents, gardez espoir !

Je n'aurai vécu toutes ces années que pour vivre ce moment.
Oui, ami lecteur, c'est arrivé et ce n'est ni de la science-fiction, ni un rêve éveillé, ni un mirage...

Après des années de disputes incessantes, de chamailleries diverses et variées et de clashs bien nourris de ma descendance, aujourd'hui ami lecteur j'ai vécu CE grand moment.

Petitout peinait sur un exercice de mathématiques, il est donc allé demander de l'aide à son grand frère.
[Pause dans le récit]
Ami lecteur, toi aussi tu sais apprécier ce miracle car tu sais que Petitout, fier parmi les fiers, n'a jamais demandé d'aide de sa vie. Petitout c'est quand même le seul nourrisson de toute l'histoire de l'humanité qui en sortant du ventre de sa mère a attrapé le cordon ombilical pour le couper lui même avec ses jeunes gencives... Et j'exagère à peine.

Bref ! Petitout est allé tout simplement demander de l'aide à son grand frère, puis second miracle :
TOUTGRAND L'A AIDE !
Sans faire d'histoires, simplement, avec bonne volonté et sans négocier de récompense.

Tu imagines bien, ami lecteur, que les larmes me montaient déjà aux yeux, quand Toutebelle s'est spontanément mêlée à leur conversation, pour donner à Petitout également son avis sur la question... et ses frères l'ont écoutée attentivement !!! Ils ont lui ont même donné raison.

Bon, là j'avoue j'ai cru à une caméra cachée de ma descendance pour faire le buzz sur You*tube, mais non c'était POUR DE VRAI !

Pour me remettre de toutes ces émotions je me suis dirigée vers la salle de bain pour récupérer le linge sale afin de lancer une lessive (ce doit être une association psychologique inconsciente du genre, laver le linge pour y voir plus clair), quand en passant devant la chambre de Toutgrand dont la porte était ouverte j'ai failli avoir une crise cardiaque : Toutgrand a rangé sa chambre cet après-midi PARFAITEMENT !
Attention, je ne dis pas, correctement, juste ce qu'il faut pour avoir la paix quand sa mère le lui demande, non : PARFAITEMENT ! Et de sa propre initiative.

C'est vraiment trop trop bien quand ils grandissent.

10.10.16

Les étapes pour accéder au bonheur

 Étape 2 - NE PAS SE RACONTER D'HISTOIRES

Il était une fois une vieille princesse qui aurait pu rester enfermée dans une très haute tour jusqu'à la fin de ses jours.
Il n'y avait ni porte, ni escalier pour accéder au seul étage de cette tour, une fenêtre inaccessible laissait apparaître de temps en temps forme humaine.
Cette vieille princesse aurait pu finir couverte de toiles d'araignées mais le destin en avait décidé autrement et c'est son histoire que je vais vous conter.

Princesse Nubia était née dans une très lointaine contrée. Ses parents, des marchands, avaient parcouru des milliers de kilomètres pour venir vendre dans ce lointain royaume des étoffes aussi rares que précieuses.
Victimes d'une embuscade leur unique fille chérie fut enlevée par des brigands qui l'emmenèrent plus loin encore sur des terres froides et la vendirent à un riche châtelain friand d'exotisme et de jeunes filles à peine nubiles.
Le châtelain étant déjà marié, en apprenant sa dernière acquisition son épouse entra dans une formidable colère. Elle fit construire sur l'un de leurs domaines les plus éloignés au fin fond de la forêt la plus haute tour qui soit et fit hisser la jeune Nubia, loin de la convoitise de son infidèle époux. La châtelaine n'étant pas tout à fait cruelle avait renoncé à faire tout simplement tuer cette enfant et avait chargé un jeune berger de lui apporter chaque semaine de quoi se sustenter. Il faisait monter les aliments par la poulie que les maçons avaient pris soin d'installer.

Les années passèrent et l'existence même de la princesse Nubia fut oubliée de tous, sauf du jeune berger qui lui aussi avait bien grandi.

Curieux de voir ce qu'était devenue la princesse, il s'assura un jour de la solidité de la poulie et se hissa jusqu'à la princesse Nubia. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir une belle jeune fille à la beauté sombre et pure. Il tomba immédiatement amoureux de la princesse. Chaque semaine il se hissait en haut de la tour pour admirer sa beauté, mais jamais il ne voulut l'aider à descendre, jaloux il craignait qu'on ne la lui vole.

La princesse ayant oublié la sensation même de la liberté ne cherchait jamais à s'échapper, de plus elle avait le vertige et ne s'approchait jamais du rebord de l'unique fenêtre.
Le jeune berger était donc devenu le gardien amoureux de la princesse Nubia et pendant plusieurs mois il se délecta égoïstement des moments passés auprès d'elle. Un jour où il la quittait la corde céda sous son poids et il mourut.
La princesse Nubia était triste d'avoir perdu son seul compagnon et compris rapidement qu'elle risquait de mourir de faim dans cette tour puisque tout le monde avait oublié jusqu'à son existence.

Plusieurs jours plus tard alors que ses réserves commençaient à se tarir et qu'elle se résignait à mourir elle entendit le bruit d'un galop. Elle se mit à sa fenêtre pour crier de toutes ses forces (normalement elle aurait dû chanter un magnifique chant mélodieux pour appeler ses amis les oiseaux, mais elle était crevée et elle avait faim : la f(a)i(m)n justifie les moyens).
Un prince, montant un magnifique destrier l'entendit et s'arrêta en se demandant d'où venait ce cri si mélodieux. Il s'agissait du prince La Pince, qui n'avait jamais été marié et chevauchait toutes les contrées jusqu'à rencontrer une jeune et belle princesse à dépuceler, qui ne lui coûterait pas trop cher.

La princesse Nubia jeta par la fenêtre une lettre dans laquelle elle lui demandait son aide et le prince qui venait d'apercevoir la dépouille du berger, compris la situation. Il offrit au pauvre berger une digne sépulture et répara la corde.
Le prince La Pince se hissa jusqu'à la princesse Nubia et fut à son tour subjugué par l'éclatante beauté de sa peau sombre. Son cœur fut immédiatement envahi par l'amour, mais hélas également par une jalousie plus grande encore.
La princesse Nubia étant toujours jeune et naïve elle n'avait pas connu d'autre amour que celui du berger et avait perdu la goût de la liberté. Aussi quand le prince La Pince fit monter de jolis meubles dans sa tour, lui fit apporter les mets les plus fins et lui susurra de douces promesses, la princesse Nubia crut que c'était enfin l'amour. Elle s'attacha au prince La Pince plus encore qu'au berger.

Ils s'aimèrent pendant quelques années et naquirent 3 beaux enfants. Les enfants naturellement curieux et ayant besoin de bouger, le prince les descendait dans les vertes prairies pour qu'ils s’ébattent librement. Il faisait régulièrement monter des livres à sa captive afin qu'elle éduque leurs enfants mais déconseillait fermement à la princesse de s'aventurer au dehors, de peur que ce changement brusque d'altitude ne soit éprouvant pour ses nerfs.
Puisque le prince semblait prendre grand soin de leurs enfants et puisqu'il disait qu'il l'aimait elle pensait qu'il ne leur voulait que du bien. Au fil des années la princesse se mit à grossir, grossir, grossir. La manque d'exercice dans le haut de cette tour exiguë ne lui permettait pas de se maintenir en forme et le prince dans sa jalousie maladive était satisfait de la savoir moins séduisante, au cas où comme lui un autre prince viendrait à s'égarer dans les parages.

Les années passèrent, les jeunes princes et la jeune princesse grandirent. A chacun de leurs retours, ils contaient à leur mère la beauté des paysages lointains, l’enivrant plaisir de la nouveauté, la satisfaction de se baigner dans les rivières et se rouler dans l'herbe. La princesse Nubia sentit de nouveaux désirs s'éveiller en elle et le souvenir de ces plaisirs lointains la réveillèrent de sa longue torpeur. Alors un jour elle s'opposa au prince La Pince et réclama à descendre. Il essaya de la convaincre que ce n'était pas possible, mais voyant qu'elle s'obstinait il fit monter leurs trois enfants dans la tour et coupa la corde.

La princesse Nubia compris à cet instant que l'amour décrit dans les nombreux livres qu'elle avait lus n'avait rien à voir avec le comportement d'un prince qui séquestrait la mère de ses enfants et ses enfants en haut d'une tour. Dans sa colère le prince La Pince n'apporta même plus de nourriture à sa famille. Bien heureusement, les princes et la princesse avaient appris à dresser 3 jeunes dragons, qui étaient devenus leurs montures volantes respectives.
Ils partaient dans les vallées cueillir et chasser, ils rapportaient à leur mère de quoi se nourrir. La princesse Nubia avait appris durant ces longues années à tisser la plus fine et la plus belle des étoffes à la manière de ses ancêtres, étoffes que ses enfants allaient vendre sur les marchés. Le prince La Pince ne décolérait pas et mettait tout en œuvre pour les empêcher de vivre normalement, allant jusqu'à organiser des guet-apens pour faire brûler les étoffes avant qu'elles ne soient vendues sur les marchés.

Tant bien que mal la nouvelle vie de la princesse Nubia seule avec ses enfants s'organisait du haut de sa tour, jusqu'au jour où elle aperçut par sa fenêtre au loin un très grand dragon qui n'appartenait pas à ses enfants.

C'était un magnifique dragon aux reflets cuivrés qui volait en direction de sa tour. Il était dragonché par un homme souriant qui s'approcha jusqu'à sa fenêtre. L'inconnu, dont les magnifiques yeux verts brillaient de malice, lui demanda ce qu'elle faisait seule dans cette tour. Elle lui répondit qu'elle tissait de précieuses étoffes à vendre sur les marchés pour nourrir et éduquer ses enfants. Curieux et amusé il se hissa par la fenêtre et entra dans la tour.
Il lui dit qu'il venait de contrées lointaines et avait rencontré beaucoup de magnifiques princesses au teint diaphane, qu'il en avait même croisé une qui habitait également dans une tour (elle possédait une très très longue chevelure qu'elle jetait par la fenêtre pour permettre à sa marâtre de se hisser dans la tour...pffff n'importe quoi !), mais que jamais au grand jamais il n'avait croisé de princesse aussi sombre.

Il fit le tour de la princesse et lui demanda pourquoi elle était aussi grosse, elle lui répondit qu'elle ne sortait jamais de sa tour. Il lui demanda pourquoi elle ne sortait jamais de sa tour, elle lui répondit qu'elle avait peur. Il lui demanda de quoi elle avait peur, elle lui répondit : « que quelqu'un qui prétende encore m'aimer ou m'aider me fasse encore plus de mal qu'il ne m'en a déjà été fait. Je suis plus en sécurité dans ma tour, les hommes à l'extérieur semblent particulièrement cruels.».

L'inconnu s'assit dans le fauteuil et regarda attentivement la princesse Nubia. Il tendit sa main vers son bras et caressa sa peau. Il fut bouleversé par la douceur de sa peau, elle fut bouleversée par la douceur de sa caresse et à cet instant précis ils s'aimèrent.
Il lui dit qu'il ne pourrait l'aimer que libre et siffla son dragon. Il lui demanda de lui faire confiance et l'installa sur son dragon avant de monter derrière elle en la tenant fermement. Alors seulement quand elle se sentit en sécurité la princesse Nubia ouvrit les yeux, ils volaient.

Elle en pris plein les yeux, toutes ces couleurs, toute cette beauté, cet air enivrant, la vitesse, le corps chaud de l'inconnu pressé contre elle et la vie qui recommençait à circuler dans ses veines.

Le dragon se posa au milieu des champs et la princesse Nubia put à nouveau se rouler dans l'herbe, se baigner dans les rivières.
Doucement, patiemment, l'inconnu lui redonna le goût de la liberté, l'encouragea dans ses entreprises, l'emmena faire de longues balades dans la nature, la vit perdre ses kilos de tristesse, l'aima sans jamais chercher à la dominer ou la contrôler, il lui offrit un amour inconditionnel et lui appris la confiance.
La princesse Nubia compris rapidement qu'elle avait enfin rencontré le véritable amour.

Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants.




1.9.16

La rentrée

Nouvelle rentrée de mes petits, qui sont devenus bien grands et je commence à penser émue que très bientôt je ne vivrai plus au rythme des rentrées et des vacances scolaires de mes enfants et que donc je suis vieille. C'est plutôt pas mal en fait :-)

Ce qui l'est moins c'est qu'il se confirme que le père de mes enfants a utilisé ses compétences professionnelles (et plus) pour craquer tous mes mots de passe informatiques, espionner pendant près de 10 ans mes messageries privées, copier mes messages et les enregistrer. Il a été accusé en 2011 par un membre d'une association dont il faisait partie d'usurpation d"identité et il s'avère qu'il aurait de la même façon utilisé mes messageries pour envoyer des messages à ma place. Je réalise qu'il a peut-être sévi ici aussi.

Ce qui expliquerait certaines incompréhensions du passé, sur lesquelles il n'est pas nécessaire de revenir, mais il se confirme que sa capacité de nuisance est ancienne et sans limites.

Rassurez-vous, je suis bien déterminée à ne plus me laisser faire et ferai respecter la loi, mes droits.

J'ai surmonté tout cela et la vie ne m'a jamais semblé aussi belle.

Notre divorce sera je l'espère bientôt prononcé et je pourrai continuer de vivre pleinement ma nouvelle vie en tournant la page sur les souvenirs qui n'honorent pas les trois merveilleux enfants que nous avons co-produits.

17.10.15

Opération Jeannot

Connaissant dame Bellzouzou depuis quelques années déjà, j'ai eu l'occasion de comprendre qu'elle n'a ni le goût de la religion, ni le goût du mystique, que les « signes du destin » la font bien rire de ses deux tétons et que selon elle nul n'est au dessus des hommes, que nul ne peut prétendre au divin.

Je respectais son agnosticisme (que celui qui réussit à le prononcer du premier coup me jette la première pierre) jusqu'au mois dernier. Car croyez-moi mes zamis, Bellzouzou a un bien un Dieu et il s'appelle Mads Mikkelsen !

Quelle idée j'ai eu de lui faire remarquer, quand elle était éplorée croyant l'avoir raté, qu'elle avait le temps d'organiser sa venue afin d'avoir une chance d'apercevoir son idole.

La machine Bellzouzou s'est mise en route. Une organisation sans faille, création d'une cellule de réservation, tout était parfaitement en place, j'avais l'impression d'assister à une campagne électorale américaine avec son QG de communication. La date de la mise en vente des tickets n'étant annoncée qu'à la dernière minute aux inscrits à la newsletter, il fallait donc êtres aux aguets.

Ayant été mise à contribution, puisque seul membre de l'équipe « opération Jeannot* » vivant sur le terrain des opérations à l'année, je me suis retrouvée un jeudi matin à 9h devant le second guichet officiel de vente des précieux sésames. On peut douter de l'existence de Mads si on veut, mais croyez-le si vous voulez, la mise en vente de ces tickets a eu lieu le seul jour où je pouvais à la dernière minute m'absenter de mon bureau, très précisément dans l'arrondissement qui est sous ma responsabilité et la seule fois depuis que je travaille où une réunion est organisée en fin de matinée à 100 mètres de là. Si on ajoute à cela que j'ai cru m'être trompée de lieu vu que j'étais la toute première à faire la queue devant lesdits guichets et même que je n'en croyais pas mes yeux quand j'ai vu débouler les autres dingues qui voulaient une place pour aller discuter avec Mads, le doute n'est plus permis. J'ai donc été la première personne de toute la France à obtenir les places pour le Paradis.
J'avais voulu assurer mes arrières en faisant jouer mes relations qui d'habitude peuvent tout obtenir, mais là rien du tout, nada, nothing et en plus le serveur internet a planté au bout de quelques minutes, les organisateurs n'avaient pas prévu un tel déchaînement de passions pour la venue du gars que personne ne connaît à part les lecteurs du blog de Bellzouzou, les fans d'Hannibal et les amateurs de cinéma d'auteur.

Mais le grand jour arriva enfin et dame Bellzouzou amincie, radieuse, plus belle que jamais, prête à aller à la rencontre de son destin descendit les marches de la gare telle une déesse. Comme à son habitude non seulement elle a absolument tenu à nous ramener la pluie (et de chouettes bouquins, ainsi que des macarons trop bons, alors je lui pardonne) mais en plus elle voulait faire la queue devant la salle de spectacle 2 heures avant le début de la rencontre. Je lui ai gentiment fait remarquer que j'avais suffisamment fait la queue pour cet homme là (ne cédons pas à la facilité...) et qu'il valait mieux que nous allions nous sustenter.

Nous avons donc ripaillé en ourdissant un sombre complot pour passer devant tout le monde afin d'être bien placées, mais des adoratrices de satan d'Hannibal (dites Fanibales) étaient arrivées depuis 7 h du matin avec leurs couronnes de fleurs et nous faillîmes nous retrouver reléguées au dernier rang jusqu'à ce que nous puissions, ô nouveau signe divin, accéder aux premières places du balcon pour admirer le poltron 2 heures durant.

Ne nourrissant pas du tout la même passion pour l'être suprême je dois pourtant reconnaître qu'il était extrêmement séduisant, drôle et patient. Mais croyez-moi mes zamis, le spectacle n'était pas sur la scène... Dame Bellzouzou ayant retrouvé les hormones de ses 15 ans s'agitait en remuant sa pancarte de groupie qui n'a pas eu l'effet escompté, le monsieur étant trop occupé à répondre pour l'énième fois aux mêmes questions sans originalité.

La fin de la rencontre étant arrivée la foule se fit pressante autour de lui et il était urgent d'agir pour que dame Bellzouzou puisse lui remettre la lettre qu'elle lui avait écrite, voire ô bonheur, prendre une photo avec le sémillant.

C'est à cet instant précis que mes instincts de stratège de file d'attente de cantine développés à l'époque du collège me revinrent. Tirant la belle vers son destin en la tenant par la main, nous traversâmes la foule jusqu'à arriver jusqu'à lui qui venait d'annoncer qu'il devait partir désormais, mais mon english blood ne fit qu'un tour et je m'écriai : « No, please, she loves you, just one photo ! » montrant sa promise. Lui sans doute surpris par mon ton dramatique accepta en souriant mais en disant fermement : « Ok but it 's the last one ! »
Elle avait donc raison Bellzouzou, elle était sa promise, elle serait sa dernière.

Je n'en ai pas cru mes oreilles quand la dame a remis sa lettre à l'acteur international oscarisé en lui ordonnant avec sa voix de maîtresse d'école : « Put my letter in your pocket and read it Mads !!!! ». Lui non plus n'a pas eu l'air d'en croire ses ører (ça n'avait pas dû lui arriver depuis l'époque où sa maman lui refilait pour l'école des mouchoirs et du hareng fumé). Il n'y croyait tellement pas Dieu sur terre qu'il lui a fait répéter et la dame ne s'est pas démontée elle lui a redit : « Yes Mads, put my letter in your pocket ! » d'un ton extrêmement autoritaire (des fois qu'il la perdrait en allant jouer dans la cour avec les copains, sait-on jamais). Mais il ne lui en a pas voulu à la grande folle, car elle a ajouté un « I love you » qui a tiré des sourires attendris à la foule agglutinée autour de nous. Pendant quelques minutes ils étaient seuls au monde ces deux-là.

Vous ne verrez pas la photographie sur laquelle on aperçoit Bellzouzou, serrée contre Mads Mikkelsen qui entoure ses épaules de son bras en posant sa main délicatement, et la dame qui lui jette un regard plein d'amour. Mais vous me croirez sur parole si je vous dis que la dame lévitait de bonheur jusqu'au lendemain matin et qu'il a fallu que je sois extrêmement persuasive pour l'empêcher de le suivre à la trace jusqu'à son hôtel. Quel soulagement quand elle a enfin pris son train (rapport au soleil qui est revenu 2 heures après) !

En résumé : c'était drôlement chouette !

*Véridique, je n'ai pas eu le temps de le dire à la fan number one avant l'arrivée du monstre sacré, mais j'ai entendu le personnel se passer ce nom de code qui m'a bien amusée, j'avais l'impression d'être dans coup de foudre à Nothing Hill (oui on a les références cinématographiques qu'on veut et toc!)