"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent.

Imaginez que la traversée de vos gouffres en vous inspire plus que de la joie. C'était tout cela être le Zubial."

Alexandre Jardin, Le Zubial

25.6.26

Rangée des voitures ?

Je n'ai jamais été fan des injonctions sociales, bien qu'inconsciemment je m'y sois souvent conformée.
Après le mariage, les enfants, les traites à rembourser, le travail où performer et le body summer à préparer, qu'en est-il de la séduction, la libido et la seskualité après 50 ans ?

J'ai souvent entendu : "C'est bon, après 50 ans j'ai donné, ce n'est plus décent, de toutes les façons avec la ménopause ce n'est plus comme avant, c'est différent, mais la tendresse c'est bien aussi...". Ou encore "c'est pathétique une femme qui cherche à séduire après 50 ans, il faut savoir se ranger des voitures !".

S'il est indéniable que la ménopause est pour les femmes un bouleversement hormonal qui nécessite des réponses professionnelles personnalisées et adaptées à la détresse physique et psychologique de chacune, je ne crois pas avoir aperçu dans les maisons de quartiers des temps d'échanges autour de cette question, mais sans doute faut-il que je regarde mieux.
Le corps d'une femme change tout au long de sa vie, avec tout ce que cela comprend d'inquiétudes, frustrations, questions... Qui y répond ? 
Je suis heureuse d'avoir des amies avec lesquelles parler librement de ces questions lâ.
Depuis plus de 20 ans, j'aborde ces différents sujets ici aussi avec vous, je compte bien continuer.

Au delà de ce que nous ressentons dans notre corps, quelle image avons-nous de nous après 50 ans ?
Ouep, nous sommes plus vite essoufflées et commençons à avoir toutes sortes de bobos.
Ouep, nous avons plus de mal à perdre du poids et souvent même nous en prenons avec la ménopause.
Ouep, nous perdons du muscle et les forces de l'attraction terrestre font irrémédiablement le reste.
Ouep, ça se sillonne et se brouillonne au niveau du visage, qui devient soit plus creux, soit plus épais.

Mais avons-nous tout de même le droit de nous aimer telles que nous sommes ?

En tant qu'ancienne sportive de haut niveau (ayant régulièrement sculpté son corps musculairement), intermittente de l'obésité morbide (ayant connu le plaisir de lâcher prise, s'arrondir et devenir tendre et moelleuse), championne du monde du yoyo pondéral, je crois n'avoir jamais détesté mon corps et ne m'être jamais préoccupée des jugements négatifs. J'ai été aimée et me suis aimée dans tous les états de mon corps, ce qui m'a assurément aidée à développer une confiance en soi qui peut passer pour de l'arrogance mais ne l'est pas. Comme le dit très justement Madame Laëtitia Mampaka "Oui je m'aime et alors ?... Il est temps que la thérapie change de camp !".

Nous vivons dans une société jeuniste aux standards de beauté défavorables aux femmes de plus de 50 ans et pourtant quand je regarde mes amies, je les trouve réellement belles telles qu'elles sont aujourd'hui, aussi, je ne comprends pas pourquoi elles se dévalorisent autant juste parce qu'elles n'ont plus 20, 30, ou 40 ans.

Quand nous nous sommes rendus dans ma famille pour l'anniversaire de Névrosia l'aïeule, force fut de constater qu'aucune femme de ma famille n'avait "abandonné le combat". Elles étaient toutes plus élégantes et belles les unes que les autres, mon bûcheron ne savait plus où donner de la tête et pourtant toutes avaient entre 52 et 80 ans.

A plus de 50 ans je continuerai de me trouver belle, de chercher à être séduisante, pour mon moral, pour préserver la bonne image que j'ai de moi, pour l'homme avec lequel je suis en amour et je compte bien continuer de cultiver mon désir et mon plaisir. Et vous ?

"Ô mère-grand, comme tu as de jolis tchoutches !"

6 commentaires:

le-gout-des-autres a dit…

Ce qui est embêtant quand on vieillit, c'est que si la cervelle semble restée coincée vers nos dix sept ans, outre que le balance ricane en se rappelant ce qu'elle indiquait il y a quoi, à peine soixante ans ?
D'autres détails alors deviennent embêtants.
Les genoux par exemple qui semblent avoir été graissés avec du gravier, mes jambes sur lesquelles s'asseyait Heure-Bleue avec plaisir lui semblent maintenant rembourrées avec des noyaux de pêche.
Le souffle aussi a maigri et d'autres craintes se pointent à un horizon de moins en moins lointain.
Si l'un disparaissait ? Comment survivrait l'autre ?
Ce ne serait pas un simple deuil ou une bête mort.
Ce serait une amputation brutale à laquelle on ne pourrait survivre que quelques semaines, quelques mois tout au plus.
Être amputé de la moitié de soi-même, de la moitié de sa vie c'est quand même être mortellement blessé.
Bref, l'amour n'est pas une mince affaire et la plastique du début a été remplacée par une foule d'intstants dont chacun est irremplaçable.
Heureusement qu'on continue à s'engueuler comme quand on s'est connu sinon on pourrait penser qu'on ne s'aime plus.
Mais franchement, des fois elle est ch...te

Névrosia a dit…

"Si l'un disparaissait ? Comment survivrait l'autre ?" C'est à 42 ans que j'ai enfin trouvé le sommeil, dans ses bras. Je me demande souvent comment font les veuves qui ont aimé leur conjoint disparu pour passer les longues heures de la nuit ? Les journées peuvent se remplir, mais les nuits ? Chaque nuit je me délecte de sa peau et la savoure comme si elle devait m'être enlevée le lendemain. Chaque année un être plus jeune nous quitte et nous avons l'impression de commencer la course des survivants, alors nous faisons le nécessaire pour ne pas décevoir les nous de 17 ans. Merci pour ce très beau partage.

Nina a dit…

Je suis veuve depuis plusieurs années. Mon mari est décédé alors qu'il avait encore des projets. Mon côté solitaire a repris le dessus. J' ai toujours 17 ans (plutôt 15) et...la nuit, je dors ! Je m'intéresse à ce monde qui me stupéfie. Je remercie ma mère et mon mari de m'avoir protégée. Trop? c'est une histoire entre moi et moi. Mon moi me casse les pieds :))

Névrosia a dit…

Merci pour ce partage. J'aurais pour ma part tendance à me désintéresser de ce monde qui m'inquiète autant qu'il me stupéfie et de ce trop plein d'informations agressives. Je privilégie les rencontres de proximité, les échanges avec les inconnus qui passent à ma portée, le partage en petits comités et les livres comme des refuges. J'ai beaucoup aimé lire "Mon moi me casse les pieds", ça m'a fait pensé notamment au slam de Grand Corps malade "Ma tête, mon coeur et mes couilles" que j'aime beaucoup. Bon week-end Nina

Nina a dit…

Merci pour la référence. Ma tête a des pieds, faute de burnes :)).

Névrosia a dit…

:-) avec plaisir