"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent.

Imaginez que la traversée de vos gouffres en vous inspire plus que de la joie. C'était tout cela être le Zubial."

Alexandre Jardin, Le Zubial

3.6.26

Les cartes postales

Mis à part pour les livres (que je m'étais pourtant engagée à faire circuler), je ne suis pas une collectionneuse*, pourtant, je conserve toute mes correspondances depuis le collège, ainsi que les vieilles cartes postales que j'achète parfois dans les vide greniers.

J'aime acheter ces cartes d'un autre temps, où s'expriment l'affection,  la tendresse ou l'amour (avec moins d'erreurs de syntaxe et d'orthographe que dans les CV d'aujourd'hui - dit la vieille peau). Je n'ai, à ce jour, jamais lu de carte postale exprimant de la colère ou quelque récrimination que ce soit, donc c'est également un baume pour mon cœur de lire tout cet amour.

Récemment, en même temps que des livres (que je m'étais pourtant engagée à ne plus acheter, même d'occasion et que je devais emprunter à la bibliothèque - comme si j'avais la patience d'attendre que le livre que j'ai envie de lire soit disponible), j'ai acheté un gros lot de cartes postales assez récentes.

Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais lorsque ce vendeur du site d'articles de seconde main le plus utilisé de France me les a vendues, mais il s'est avéré qu'il s'agissait de cartes postales adressées aux membres d'une même famille, sur une période d'au moins cinquante ans.

Je les ai lues en diagonal mais ce fut passionnant.

Un arbre généalogique s'est dessiné au fur et à mesure, j'ai également assisté aux différents déménagements, jusqu'à l'entrée en maison de retraite. J'ai commencé à identifier qui avait le plus voyagé à l'étranger, notamment une femme seule dans les années soixante, dans des contrées peu touristiques. J'ai recueilli avec émotion ses impressions sur ces voyages audacieux pour l'époque.

Je n'avais pas beaucoup de temps, mais en une heure je me suis prise d'affection pour les membres de cette famille et me suis surtout demandé pourquoi personne n'avait cru bon de les conserver. J'ai eu envie de mener l'enquête, afin de retrouver un membre de cette famille encore vivant et me faire confirmer l'ordre des évènements familiaux et la place de chacun, mais ça m'a semblé trop intrusif, alors je n'ai pas osé.

Ces cartes postales ont été le roman le plus passionnant de ces derniers mois.

Quant à la lampe de mineur achetée par mon amoureux lors d'un vide-greniers, elle a suscité en moi la même curiosité?

Quiconque a eu la chance de visiter le fabuleux musée de la mine de Saint Etienne (que je recommande chaudement, vous l'aurez compris), sait que chaque lampe était numérotée et attribuée pour de longues à un seul et même mineur.

Aussi, cette lampe étant à priori issue d'une des mines de la région, j'avais dans l'idée de me renseigner sur d'éventuelles archives conservant les classeurs avec les noms, prénoms et numéros de lampes et de faire le tour des archives de la région dans l'espoir de retrouver le nom et le prénom de son propriétaire, puis voir si je pourrais la ramener à d'éventuels descendants (idée qui n'a pas du tout plu à monsieur son actuel propriétaire).

Mais comme je ne savais pas par où commencer, j'ai renoncé.

C'est quand même magique ce pouvoir de nous faire voyager et rêver qu'ont certains objets.

*Petitout me traite d'accumulatrice compulsive


5 commentaires:

Anonyme a dit…

As-tu vu le film "Le garçon" de Zabou Breitman... ça devrait te plaire, il y a un lien avec ton histoire... sauf que là il s'agit de photos et non de cartes postales. Des bises du Nord Lysa

Bellzouzou a dit…

J'ai vu le film récemment, Lysa, et en effet, ce billet lui fait écho, d'autant que si ma mémoire est bonne, le narrateur exprime aussi son étonnement que personne n'ait cru bon de conserver les photos de famille qu'il a achetées aussi dans une brocante (et qui livrent l'intimité d'une famille davantage encore que des cartes postales)

Névrosia a dit…

Lysa, Bellzouzou, je n'ai pas encore réussi à trouver une plateforme de streaming sur laquelle voir ce film, mais je vais persévérer. Merci pour le tuyau et des bisous à toutes les deux.

dany a dit…

Berest, Anne
La carte postale
et surtout : Madeleine project: Edition intégrale
de Clara Beaudoux
tu lis ces 2 livres et tu recherches la famille de tes cartes !!!

Nevrosia a dit…

J'ai commandé le second, merci beaucoup.