"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent.

Imaginez que la traversée de vos gouffres en vous inspire plus que de la joie. C'était tout cela être le Zubial."

Alexandre Jardin, Le Zubial

17.4.19

Les souvenirs

J'aime rien plus que quand mes enfants évoquent leurs souvenirs communs.
Vous souvenez-vous de la fin du monde annoncée en 2011 ?

J'avais pris ma journée au boulot, réservé dans un bon restaurant et avais fait la surprise à mes enfants d'aller les chercher dans leurs établissements scolaires en fin de matinée pour les emmener déjeuner tous les 3 au restaurant, en leur disant "si ce doit être notre dernier repas, autant qu'il soit excellent et joyeux !"
Ils avaient été ravis de cette cantine buissonnière.

J'étais émue et amusée qu'ils me racontent ce qu'ils avaient ressenti à l'époque, mais inquiète un peu aussi : j'avais complètement oublié cette anecdote...

"J'ai la mémoire qui flanche..."

15.4.19

Au revoir Esmeralda

Il y a deux ans, dans le cadre professionnel, j'ai eu la chance de visiter ses combles.
Tout y était démesuré, émouvant, impressionnant.
Chaque pièce de charpente était un ouvrage patrimonial d'importance.
Et le mécanisme de l'horloge, lui aussi d'origine, n'était pas en reste.
Nous étions redescendus émus d'avoir touché du doigt l'excellence.
Les tailleurs de pierres, les vitraillistes, les couvreurs, les menuisiers,... Des siècles de maîtrise de chaque art.
Les "piliers de la Terre" puissance dix.
Et Victor Hugo, et...
Ce soir j'ai failli pleurer quand sa flèche s'est effondrée.

11.4.19

Tu sais que t'es vieille quand...

... tu prends ta matinée pour accompagner ton fils majeur à un rendez-vous médical (pour son plus grand bonheur car comme ça il ne se tape pas les transports en commun et c'est toi qui passes pour l'emmerdeuse de service en réclamant au médecin le traitement le plus récent) et en rentrant vous décidez de faire un détour dans une grande librairie pour acheter à ton amoureux le livre qu'il a très envie de lire depuis plusieurs jours.

Et tu te retrouves à faire du shopping un lundi avec ton fiston et tu te dis que c'est plutôt sympa quand tout le monde est au boulot, et alors qu'habituellement tu fuis un peu les boutiques et ne t'y rends que de temps en temps en mode "action/réaction : j'ai repéré la cible/j'achète et j'évacue !", là tu traînes ton grand garçon bien amusé au début d'une boutique à l'autre. 

Au bout d'une heure, tout en râlant un peu, ton grand fiston se fait offrir au passage un ou deux accessoires, toi tu trouves un cadeau pour l'anniversaire tout proche de ton amoureux, ainsi qu'un sac et un foulard délicieusement printaniers pour toi.
Arrivés en caisse, un panneau annonce une généreuse réduction pour les étudiants et il se trouve que justement par chance, ton grand fiston a toujours sa carte d'étudiant avec lui.
Et alors la caissière te dit : "aaaaaaaaaah vous avez de la chance, parce que moi aussi j'ai des enfants étudiants mais ils refusent de venir faire du shopping avec moi pour me faire profiter de leur tarif".

Alors en sortant, émue, tu te souviens qu'il n'y a pas si longtemps pour appliquer des réductions on te réclamait ta carte famille nombreuse pour tes 3 jeunes enfants.

Stupeur et tremblements

L'adolescent est définitivement un animal surprenant.

Tu peux t'égosiller pendant des jours, des semaines, des mois pour que ton plus jeune enfant se décide à ranger et nettoyer sa chambre dans laquelle tu SAIS qu'une nouvelle forme de vie s'est développée, sans qu'il n'en fasse rien.
Tu ne comprends pas comment cet être magnifique porté dans ton ventre, nourri à ton sein et si maniaque dans la tendre enfance, a pu se transformer en candidat de la téléréalité pour les émissions qui vous apprennent à nettoyer votre maison.
Tu es toujours surprise de constater que pour ce qui concerne les toilettes, la salle de bain et la cuisine, il traque la moindre trace de saleté, alors que quand tu lui parles de sa chambre, il te répond que "ce n'est pas sale et puis c'est rangé à ma façon, puis de toutes les façons si je m'y retrouve c'est l'essentiel, nomého y en a marre des mères intrusives !".
Aussi, comme ton plus jeune enfant est en filière bio et en connaît plus que toi sur les germes, virus, vaccins, maladies et autres risques liés aux mauvaises bactéries, tu laisses faire.
Par chance, il a une hygiène corporelle irréprochable, porte des vêtements propres, même si pas toujours repassés, alors tu relativises et ne dis plus rien...

Jusqu'au dimanche où, piqué par tu ne sais quelle mouche exotique remontée jusqu'à la capitale des Gaules à cause du réchauffement climatique qui n'existe pas, foi de Trump, il se met de façon totalement frénétique à ranger et nettoyer sa chambre. 
L'opération n'aura pas duré, une, deux ou trois heures, mais six ou sept heures au bas mot, à tel point que j'ai dû lui demander d'arrêter de passer l'aspirateur à 22h car les voisins avaient droit au repos auditif (tout comme nous).

Je passe sur les cadavres exhumés de ses armoires. Il a pudiquement tu avoir retrouvé ses cartes SNCF qu'il jurait sur les grands dieux avoir perdues (pour lesquelles j'ai dû deux fois payer grassement le renouvellement) alors qu'elles gisaient dans le monde parallèle du fond de son placard et s'est bien gardé de me parler de la moisissure retrouvée dans quelques sacs de sport qui avaient hébergé un peu trop longtemps des chaussettes humides.

Bref ! Je suis à peine remise de cet évènement bouleversant sanitairement salvateur, mais bien entendu je vous dirai s'il sera suivi dans le temps d'une volonté d'entretien régulier.

Une bonne fois pour toute, il n'est plus question de douter de l'existence de Dieu, les miracles existent.

Dormez en paix chères mères d'adolescents.

De la fatigue, de l'émotion et plus si affinités

La fatigue qui touche chaque membre de notre famille ces derniers temps n'a d'égale que notre joie à l'idée d'être bientôt enfin en vacances.

Je n'ai pas vraiment pris de congés car je réserve mes jours pour le mariage d'une amie très chère cet été, mais je prendrai quelques heures par-ci, par-là.

Je ne sais pas pour vous, mais quand je suis fatiguée (encore plus que d'habitude), j'ai besoin de m'entourer de douceur, de bien-être et de beauté.

Aussi je ne me lasse pas d'admirer mes descendants et mon amoureux, je me bouche les oreilles pour ne pas entendre les récriminations adolescentes de mon plus jeune enfant, j'achète des onguents et de l’encens, j'admire la renaissance de la nature et je lis des livres qui me font tout doux au bien-être.

Ainsi, je me suis décidée à relire "l'élégance du hérisson" que j'avais tant aimé la première fois, il y a de nombreuses années, non sans craindre la déception d'une relecture plus décevante.

Par Hédoné, ce ne fut pas le cas.

J'ai passé de douces soirées à sourire à chaque page. Je m'endormais vite, car j'étais bien trop fatiguée, mais je reprenais le lendemain avec impatience. Je me souvenais de l'esprit du livre mais en avais oublié les détails. Je me suis régalée.

Relire ce livre m'a donné envie de faire de la pâtisserie et l'amour* en écoutant mes musiques préférées, de regarder des films japonais et de passer encore plus de temps avec toutes ces personnes qui me font du bien.

*mais pas forcément en même temps, même si ça doit valoir la peine d'essayer.


28.1.19

Un jeune arabe

Ce matin réveil tôtif pour cause d'examens médicaux en hôpital de jour pour Toutebelle.
La demoiselle devant être présente dans le service à 7h à jeun, par solidarité c'est le ventre vide que j'ai pris le volant, patienté dans les bouchons, patienté aux guichets d'accueil, patienté devant le labo, patienté devant l'interne, re-patienté devant le labo, patienté devant l'échographie, re-patienté devant le labo, re-patienté devant l'échographie, re-patienté devant le labo, patienté devant le spécialiste, re-patienté devant le labo, re-patienté devant l'interne et le spécialiste, re-patienté devant le labo... et puisque nous étions sur place et que nous en avions l'habitude nous sommes allées patienter devant le secrétariat d'un spécialiste pour prendre un prochain rendez-vous pour Petitout... avant de re-patienter devant le labo. 

Quand il n'est plus resté une goutte de sang dans le corps de Toutebelle, ils ont dit aux alentours de 14h que c'était fini, ont donné de quoi se sustenter à ma demoiselle, pendant que je courrais m'acheter de quoi grignoter afin de ne pas tomber dans les vapes.

C'est le cœur léger et l'estomac plein que nous repartions Toutebelle et moi, guillerettes jusqu'à la voiture. Mais c'était sans compter sur mon réveil difficile du matin... En arrivant à la barrière de péage de l'hôpital un peu avant 7h et les yeux franchement pas en face des trous, j'avais bien vu que j'avais le choix entre appuyer sur le bouton vert ou le bouton rouge, pour obtenir un ticket de stationnement. Seulement dans la nuit il ne m'était pas possible de lire le détail des tarifs associé à chaque couleur. De mémoire il me semblait que vert c'était pour un stationnement courte durée et rouge longue durée (sous-entendu plus de trois heures). C'est donc assez confiante que j'appuyai sur le bouton rouge, sachant que les examens nous prendraient bien plus de 3 heures. 
Seulement en début d'après-midi à la lumière du jour, lorsque nous nous présentâmes à la machine pour payer le stationnement il s'avéra qu'il s'agissait d'un tarif "parking bondé", c'est à dire pour pouvoir rentrer quand même sur le parking même s'il n'y a plus de places. Là il faut m'expliquer le concept.
Déjà que celui qui rentre quand le parking est bondé et tourne une heure durant pour trouver une place après s'être disputé avec une dizaine de conducteurs n'est pas gâté (je parle d'expérience, hélas), si en plus il doit payer un tarif délirant ???

Là où en appuyant sur le bouton vert je n'aurais dû payer QUE 15 euros, du fait que j'aie appuyé sur le bouton rouge j'étais redevable de plus de 80 euros !!!
Je retenais difficilement mes larmes et alors que j'exprimais mon désarroi à un monsieur de la sécurité qui m'écoutait compatissant bien qu'impuissant à m'aider, un jeune arabe qui m'avait entendue me tendit un ticket de stationnement en me disant : "tenez madame, prenez celui-ci, vous pourrez sortir gratuitement  !" Surprise je réfléchissais en me demandant comme lui allait faire pour sortir et si ce n'était pas une blague, il insista : "allez-y Madame, faites-moi confiance, vous verrez vous pourrez sortir sans problème".

Je l'ai remercié au moins une centaine de fois et nous nous sommes précipitées jusqu'à la voiture, avant que le carrosse ne se re-transforme en citrouille.
Nous avons pu effectivement sortir sans difficulté et je me suis dit que j'avais bien raison de ne pas supporter tous ces gens qui se plaignent soit des jeunes, soit des arabes, soit des deux.

Encore merci très gentil inconnu.



26.1.19

Anne Sylvestre

Les remariages


Récemment j’ai découvert, avec mon amoureux, le principe des conscrits et des classes. J’en avais bien entendu parler depuis que nous vivons à Lyon, car Villefranche est un haut lieu des conscrits, mais quelle ne fut pas ma surprise de constater que cela se pratique aussi dans d’autres départements et en tout cas sur un périmètre géographique bien plus grand que je ne l’imaginais.

Mon bûcheron avait donc ses classes récemment et tenait absolument à me faire découvrir cette coutume. C’était très amusant d’observer toutes ces personnes par groupe d’âge et de constater au gré des photos prises tous les 10 ans que mon amoureux vieillit délicieusement bien.

Le groupe des 10 ans, bien échauffé, laissait penser qu’au moment des conscrits il y aura de l’ambiance dans les rues du village et les trentenaires avaient tous des nouveaux nés dans les bras.
C’est là que j’ai réalisé que nous ne fonctionnons que par vague et qu’il est loin le temps où toutes mes copines et moi avions nos enfants dans les mêmes périodes.

J’ai ensuite connu la vague des séparations et des divorces. Maintenant j’entre dans la plus joyeuse vague des remariages.

Je pensais que ça me ferait bizarre d’assister pour la seconde fois au mariage de quelqu’un que je connais depuis longtemps, mais que nenni ! Au contraire, le souvenir vague et lointain des premiers mariages s’estompe et même si je regarde parfois avec émotion les photos de nos enfants petits, je constate que je me sens plus concernée et plus heureuse encore d’assister aux remariages.
Je trouve ce nouvel engagement tardif encore plus courageux et émouvant quand on a été confronté à un divorce douloureux.

C’est le cas de mon amie N. qui va se remarier l’été prochain après plus de 10 ans de procédures diverses et variées et de souffrance liée à sa première union. Je suis tellement heureuse pour elle. C’est une belle preuve d’espoir, de confiance en la vie et même un acte de folle liberté.

Parfois je me dis que je ne tiens pas particulièrement à me remarier avec mon amoureux, que je préfère savourer le bonheur d’être heureux sans contraintes légales. A d’autres moments je me dis que j’aimerais moi aussi connaître le bonheur d’un remariage plus simple, plus intime et aussi plus libre, en profitant du fait que tous ceux qui me sont chers soient encore de ce monde.

Seul l’avenir nous dira si cela doit se réaliser, mais si c'est le cas, croyez-bien que je m’affranchirai de toutes les conventions et me ferai cette fois-ci véritablement plaisir… avant d’entamer la vague des enterrements !

14.1.19

Vive le roi !

Le jour de l'épiphanie, alors que nous venions de manger notre première galette des rois de la saison, mon Petitout me dit dans un sanglot : "Ben c'est pas grave, hein, de toutes façons de toute ma vie je n'ai jamais eu la fève".
Alors mon coeur de mère fit un bond : "comment, tu n'as jamais eu la fève, ni à la maison, ni à l'école ???" et je ne m'en suis pas rendu compte pendant ces 14 dernières années !!!!

Le ton résolu et désenchanté de mon bébé (d'1,97m) me fit tourner le lait.
Ni une, ni deux, la décision fut prise. Il ne serait pas dit que mon plus jeune enfant vivrait une année de plus sans avoir connu l'ineffable bonheur d'être roi et de choisir sa maman chérie bien sûr reine.

Pendant une semaine je suis allée chaque jour acheter une galette et croyez-le si vous le voulez, mais il aura fallu 7 galettes (dont 2 galettes qui comprenaient 2 fèves) pour qu'enfin Petitout soit couronné roi sans tricher.

Toutgrand qui raffole de la frangipane était aux anges, mon amoureux qui a été couronné roi à 5 reprises aussi, pour ce qui me concerne je ne peux plus voir le début du commencement d'une pâte feuilletée et j'ai frôlé l'occlusion intestinale.

NOTA : Il y a encore deux galettes qui m'attendent au travail cette semaine... au secouuuuuuuuuuuuuuuuuuurs !!!!!!

Résultat de recherche d'images pour "galette des rois géante"

La ligurie youpi !

Pour son voyage surprise des 18 ans Toutebelle m'avait demandé d'éviter l'avion, car ce moyen de transport génère chez elle de trop grandes angoisses.

Aussi, il ne fut pas des plus aisés de choisir une destination assez éloignée pour être dépaysante et assez proche pour faire le trajet en voiture sur 3-4 jours.

Nous prîmes la direction de la Ligurie, que je ne connaissais pas et nous eûmes la chance de profiter du bord de mer italien sous un soleil resplendissant.

Nous déjeunâmes en terrasse et nous régalâmes de la bonne cuisine italienne.

Au retour, cerise sur le gâteau, nous eûmes droit à ce magnifique spectacle, qui nous sembla être un bon présage en ce début d'année 2019.