"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent.

Imaginez que la traversée de vos gouffres en vous inspire plus que de la joie. C'était tout cela être le Zubial."

Alexandre Jardin, Le Zubial

28.11.16

De la durée des rituels

Certains rituels ont la vie longue, mais d'autres pas.

Ainsi, dès le CP vous comprenez fissa que le bisou avant de rentrer à l'école, c'est fini, que le "Bonjour mon chéri, comment s'est passée ta journée à l'école" devant les copains à la sortie, c'est fini, que tenir votre enfant par la main, c'est fini et que toute marque d'affection à l'extérieur de la maison, ben c'est fini.

Vous comprenez et l'acceptez uniquement parce que vous savez pertinemment qu'une fois à la maison, et loin du regard du reste de la fratrie vous réussirez toujours à obtenir un petit bécot vite fait l'air de rien, même s'ils râlent et soupirent quand vous les leur faites.

Je suis prête à parier que nous sommes nombreuses à continuer d'aller faire le bisou (mais sans border) à nos grands enfants avant qu'ils ne s'endorment. Même si j'ai cru remarquer depuis quelques mois que les rôles s'inversent souvent et que c'est plus souvent eux qui viennent éteindre la lumière de ma lampe de chevet avant d'aller se coucher.

Pour ce qui concerne ce rituel, on m'avait dit que ça passerait avec le temps : "t'inquiète pas Huguette, à partie du collège c'est plié, de rituel Nestlé tu n'entendras plus parler !". Sauf que voyez-vous, Mes damnes zé mes cieux, par chez nous on aime recevoir l'ami. L'ami est toujours le bienvenu, on aime qu'il vienne se chauffer à notre bois, à toute heure du jour et de la nuit, que la maison soit parfaitement rangée ou un peu en bazar, l'ami on est content de le recevoir dans nos murs.

Aussi pour fêter ses 16 ans Toutebelle était bien heureuse de recevoir ses amis à la maison. Seulement lesdits amis ayant passé l'âge de la chasse au trésor, de la queue de l'âne et des chaises musicales, il fallait bien leur proposer une activité qui fasse oublier à certains d'entre eux que je refusais toute consommation d'alcool.

L'ado de 16-17 ans est blasé, sache-le, mais quand même en t'organisant un peu et en sacrifiant une sortie sushi-cinoche avec ton amoureux tu peux réussir à faire le buzz. Il suffit pour cela d' appliquer chez toi un concept tout simple et ô combien distrayant.

Pour les détails de mise en œuvre, je peux vous raconter ça dans les commentaires, mais c'était une première pour tous, ils ont adoré. La miss était heureuse et fière, pour ma part je me suis bien amusée des cris de surprise, des commentaires et des rires.


16.11.16

Mon cocon

Ça a commencé le jour où il est arrivé à la maison avec un cubi de 5 litres de jus de pommes bio.
Je l'ai remercié, ai souri et lui ai demandé pourquoi un cubi de jus de pommes. Il m'a répondu qu'il lui semblait que nous faisions grande consommation de jus de pommes bio dans cette maison, rapport aux nombreuses bouteilles vides dans la poubelle du recyclage.

Ça a continué avec le rétroviseur que l'on m'a dégommé récemment. Je cherchais un peu désespérément un rétro d'occasion, vu que mon compte en banque est dans le rouge vermillon, alors il a pris une photo de mes rétros, a relevé les numéros de série pour ne pas se tromper de modèle et m'a dit qu'il allait s'en occuper, qu'il m'offrirait un rétro pour Noël. Je ne pensais pas qu'un jour je serais si heureuse à l'idée de recevoir un rétro en cadeau, d'ailleurs je songe sérieusement à le porter quelques jours autour du cou en pendentif.

Et puis récemment il m'a dit comme ça : "j'ai amené ce qu'il faut pour ton tableau".
Ça faisait presque 3 ans qu'une reproduction de Klimt était posée au pied du mur de ma chambre en attendant que je trouve le temps, le matériel et les compétences pour le fixer à la place que je lui avais dévolue. Il l'a fait en 5 minutes chrono.

Chaque matin quand je me réveille ce tableau est la première chose que je vois et je suis émue car je sais que l'on prend soin de moi et que je ne suis plus seule.

Une autre soi

Quand tu perds 30 kilos,

Tu te sens plus légère (lapalissade) mais pas que physiquement,

Il y a des gens que tu n'as pas vus depuis quelques mois qui en te croisant ne te reconnaissent pas (ça fait drôle),

Tu te demandes pourquoi tu as porté tout ce poids trop longtemps (c'est redondant),

Tu trouves des vêtements à ta taille dans toutes les boutiques (ça fait rêver),

Mais heureusement tu n'es pas plus amatrice de shopping qu'avant (ça rend heureux ton banquier),

Tu pratiques des activités auxquelles tu n'aurais même pas songé auparavant (si si ça tu y songeais déjà),

Tes enfants te montrent des photos d'avant en t'appelant « Patapouf » avec un brin de nostalgie dans la voix (ça fait chaud au cœur),

Au lit avec ton chéri tu te prends pour une acrobate du cirque du soleil (mais tu as toujours plus de 40 ans),

Du coup tu ressens dans ton corps des sensations inédites (c'est délicieux),

Tu n'as plus jamais mal au dos, aux genoux, aux chevilles (ça fait du bien),

Au sport tu te surprends à retrouver rapidement au fil des semaines une bonne endurance (ça fait plaisir),

Les gens te disent que tu es bien comme ça et que tu ne devrais pas perdre plus (ça fait bizarre),

Et tu réalises qu'à 42 ans tu dois apprendre à vivre avec une nouvelle image de toi.


11.10.16

SNCF tu crains

Hier j'ai vécu un moment surréaliste.

J'accompagnais ma mère en gare prendre son train quand un contrôleur m'a barré le chemin en me disant que si je n'avais pas mon propre billet je ne pouvais pas monter sur le quai avec elle.
Je lui ai expliqué qu'elle était chargée et qu'il était nécessaire de l'aider jusqu'à ce qu'elle s'installe à sa place. Il m'a demandé si elle avait une carte d'invalidité et puisqu'elle n'en avait pas il m'a indiqué qu'il y avait un service d'accompagnement des personnes âgées par une société privée se trouvant dans la gare, mais un service évidemment payant.

Pressée (le train partait dans le quart d'heure suivant) et estomaquée, je commençais à m'énerver quand en filoutant (et avec l'aide d'un vigile un peu plus humain), j'ai pu à l'insu du cerbère monter sur le quai.
Sur le quai c'était le branle-bas de combat, le filtrage dans la gare ayant entraîné beaucoup de retard, les voyageurs courraient dans tous les sens pour trouver leurs voitures qui n'étaient pas accrochées dans l'ordre numérique. Ma mère, rassurée par ma présence, tenait mon bras solidement de peur d'être bousculée par la foule. J'ai aidé ma mère, qui a certes une mobilité réduite mais encore toute sa dignité, à s'installer dans la voiture.

C'est quoi cette société où l'on ne peut même plus accompagner ses parents âgés sur le quai de départ d'un train ?

10.10.16

Les enfants, ces escrocs.

Quand Toutgrand avait tout juste 2 ans, je l'ai emmené chez la pédiatre.
Le chenapan touchait à tout se qui se trouvait sur le bureau quand la pédiatre finit par lui dire :
"Toutgrand, arrête de faire des bêtises ou ta maman va te gronder".

Toutgrand a tourné sa jolie bouille vers moi pour me faire un sourire 4000 watts et s'est tourné vers la pédiatre, semblant penser qu'elle racontait n'importe quoi, il lui dit  : "Noooooooooon maman pas méchante, maman coquine !"

J'ai commis l'erreur de raconter l'anecdote à mes enfants il y a quelques années alors quand il sent qu'il m'a un peu trop énervée, du haut de ses 18 ans Toutgrand l'étudiant me dit encore souvent les yeux remplis d'une lueur moqueuse : "Noooooooooon maman pas méchante, maman coquine !"

Ben ça me fait sourire à chaque fois.

Les étapes pour accéder au bonheur

Étape 3 : soigner son intolérance à la guimauve

Je me souviens qu'à l'époque où dame Daphnénuphar travaillait dans une mairie elle voyait se présenter des couples désireux de se marier "dégoulinants d'amour et de bonheur béat" ou un truc dans le genre et ça m'avait beaucoup amusée. J'imaginais leur bonheur rose bonbon gluant coulant sur eux et collant quiconque les approchait d'un peu trop près.

Après 42 ans, 18 ans de mariage, un divorce bien dégueulasse et quelques désillusions plus tard je me croyais définitivement immunisée contre ce genre de mièvreries, mais non en fait.

C'est comme si j'avais appuyé sur le bouton "reset". J'ai à nouveau 15 ans et il y a même une certaine qui m'a accusée de devenir une vraie midinette.

Elle a raison. Je suis une guimauve, entourée de Barbapapa, recouverte de sirop de pomme d'amour et avec quelques éclats de poudre d'or.

Les étapes pour accéder au bonheur

 Étape 2 - NE PAS SE RACONTER D'HISTOIRES

Il était une fois une vieille princesse qui aurait pu rester enfermée dans une très haute tour jusqu'à la fin de ses jours.
Il n'y avait ni porte, ni escalier pour accéder au seul étage de cette tour, une fenêtre inaccessible laissait apparaître de temps en temps forme humaine.
Cette vieille princesse aurait pu finir couverte de toiles d'araignées mais le destin en avait décidé autrement et c'est son histoire que je vais vous conter.

Princesse Nubia était née dans une très lointaine contrée. Ses parents, des marchands, avaient parcouru des milliers de kilomètres pour venir vendre dans ce lointain royaume des étoffes aussi rares que précieuses.
Victimes d'une embuscade leur unique fille chérie fut enlevée par des brigands qui l'emmenèrent plus loin encore sur des terres froides et la vendirent à un riche châtelain friand d'exotisme et de jeunes filles à peine nubiles.
Le châtelain étant déjà marié, en apprenant sa dernière acquisition son épouse entra dans une formidable colère. Elle fit construire sur l'un de leurs domaines les plus éloignés au fin fond de la forêt la plus haute tour qui soit et fit hisser la jeune Nubia, loin de la convoitise de son infidèle époux. La châtelaine n'étant pas tout à fait cruelle avait renoncé à faire tout simplement tuer cette enfant et avait chargé un jeune berger de lui apporter chaque semaine de quoi se sustenter. Il faisait monter les aliments par la poulie que les maçons avaient pris soin d'installer.

Les années passèrent et l'existence même de la princesse Nubia fut oubliée de tous, sauf du jeune berger qui lui aussi avait bien grandi.

Curieux de voir ce qu'était devenue la princesse, il s'assura un jour de la solidité de la poulie et se hissa jusqu'à la princesse Nubia. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir une belle jeune fille à la beauté sombre et pure. Il tomba immédiatement amoureux de la princesse. Chaque semaine il se hissait en haut de la tour pour admirer sa beauté, mais jamais il ne voulut l'aider à descendre, jaloux il craignait qu'on ne la lui vole.

La princesse ayant oublié la sensation même de la liberté ne cherchait jamais à s'échapper, de plus elle avait le vertige et ne s'approchait jamais du rebord de l'unique fenêtre.
Le jeune berger était donc devenu le gardien amoureux de la princesse Nubia et pendant plusieurs mois il se délecta égoïstement des moments passés auprès d'elle. Un jour où il la quittait la corde céda sous son poids et il mourut.
La princesse Nubia était triste d'avoir perdu son seul compagnon et compris rapidement qu'elle risquait de mourir de faim dans cette tour puisque tout le monde avait oublié jusqu'à son existence.

Plusieurs jours plus tard alors que ses réserves commençaient à se tarir et qu'elle se résignait à mourir elle entendit le bruit d'un galop. Elle se mit à sa fenêtre pour crier de toutes ses forces (normalement elle aurait dû chanter un magnifique chant mélodieux pour appeler ses amis les oiseaux, mais elle était crevée et elle avait faim : la f(a)i(m)n justifie les moyens).
Un prince, montant un magnifique destrier l'entendit et s'arrêta en se demandant d'où venait ce cri si mélodieux. Il s'agissait du prince La Pince, qui n'avait jamais été marié et chevauchait toutes les contrées jusqu'à rencontrer une jeune et belle princesse à dépuceler, qui ne lui coûterait pas trop cher.

La princesse Nubia jeta par la fenêtre une lettre dans laquelle elle lui demandait son aide et le prince qui venait d'apercevoir la dépouille du berger, compris la situation. Il offrit au pauvre berger une digne sépulture et répara la corde.
Le prince La Pince se hissa jusqu'à la princesse Nubia et fut à son tour subjugué par l'éclatante beauté de sa peau sombre. Son cœur fut immédiatement envahi par l'amour, mais hélas également par une jalousie plus grande encore.
La princesse Nubia étant toujours jeune et naïve elle n'avait pas connu d'autre amour que celui du berger et avait perdu la goût de la liberté. Aussi quand le prince La Pince fit monter de jolis meubles dans sa tour, lui fit apporter les mets les plus fins et lui susurra de douces promesses, la princesse Nubia crut que c'était enfin l'amour. Elle s'attacha au prince La Pince plus encore qu'au berger.

Ils s'aimèrent pendant quelques années et naquirent 3 beaux enfants. Les enfants naturellement curieux et ayant besoin de bouger, le prince les descendait dans les vertes prairies pour qu'ils s’ébattent librement. Il faisait régulièrement monter des livres à sa captive afin qu'elle éduque leurs enfants mais déconseillait fermement à la princesse de s'aventurer au dehors, de peur que ce changement brusque d'altitude ne soit éprouvant pour ses nerfs.
Puisque le prince semblait prendre grand soin de leurs enfants et puisqu'il disait qu'il l'aimait elle pensait qu'il ne leur voulait que du bien. Au fil des années la princesse se mit à grossir, grossir, grossir. La manque d'exercice dans le haut de cette tour exiguë ne lui permettait pas de se maintenir en forme et le prince dans sa jalousie maladive était satisfait de la savoir moins séduisante, au cas où comme lui un autre prince viendrait à s'égarer dans les parages.

Les années passèrent, les jeunes princes et la jeune princesse grandirent. A chacun de leurs retours, ils contaient à leur mère la beauté des paysages lointains, l’enivrant plaisir de la nouveauté, la satisfaction de se baigner dans les rivières et se rouler dans l'herbe. La princesse Nubia sentit de nouveaux désirs s'éveiller en elle et le souvenir de ces plaisirs lointains la réveillèrent de sa longue torpeur. Alors un jour elle s'opposa au prince La Pince et réclama à descendre. Il essaya de la convaincre que ce n'était pas possible, mais voyant qu'elle s'obstinait il fit monter leurs trois enfants dans la tour et coupa la corde.

La princesse Nubia compris à cet instant que l'amour décrit dans les nombreux livres qu'elle avait lus n'avait rien à voir avec le comportement d'un prince qui séquestrait la mère de ses enfants et ses enfants en haut d'une tour. Dans sa colère le prince La Pince n'apporta même plus de nourriture à sa famille. Bien heureusement, les princes et la princesse avaient appris à dresser 3 jeunes dragons, qui étaient devenus leurs montures volantes respectives.
Ils partaient dans les vallées cueillir et chasser, ils rapportaient à leur mère de quoi se nourrir. La princesse Nubia avait appris durant ces longues années à tisser la plus fine et la plus belle des étoffes à la manière de ses ancêtres, étoffes que ses enfants allaient vendre sur les marchés. Le prince La Pince ne décolérait pas et mettait tout en œuvre pour les empêcher de vivre normalement, allant jusqu'à organiser des guet-apens pour faire brûler les étoffes avant qu'elles ne soient vendues sur les marchés.

Tant bien que mal la nouvelle vie de la princesse Nubia seule avec ses enfants s'organisait du haut de sa tour, jusqu'au jour où elle aperçut par sa fenêtre au loin un très grand dragon qui n'appartenait pas à ses enfants.

C'était un magnifique dragon aux reflets cuivrés qui volait en direction de sa tour. Il était dragonché par un homme souriant qui s'approcha jusqu'à sa fenêtre. L'inconnu, dont les magnifiques yeux verts brillaient de malice, lui demanda ce qu'elle faisait seule dans cette tour. Elle lui répondit qu'elle tissait de précieuses étoffes à vendre sur les marchés pour nourrir et éduquer ses enfants. Curieux et amusé il se hissa par la fenêtre et entra dans la tour.
Il lui dit qu'il venait de contrées lointaines et avait rencontré beaucoup de magnifiques princesses au teint diaphane, qu'il en avait même croisé une qui habitait également dans une tour (elle possédait une très très longue chevelure qu'elle jetait par la fenêtre pour permettre à sa marâtre de se hisser dans la tour...pffff n'importe quoi !), mais que jamais au grand jamais il n'avait croisé de princesse aussi sombre.

Il fit le tour de la princesse et lui demanda pourquoi elle était aussi grosse, elle lui répondit qu'elle ne sortait jamais de sa tour. Il lui demanda pourquoi elle ne sortait jamais de sa tour, elle lui répondit qu'elle avait peur. Il lui demanda de quoi elle avait peur, elle lui répondit : « que quelqu'un qui prétende encore m'aimer ou m'aider me fasse encore plus de mal qu'il ne m'en a déjà été fait. Je suis plus en sécurité dans ma tour, les hommes à l'extérieur semblent particulièrement cruels.».

L'inconnu s'assit dans le fauteuil et regarda attentivement la princesse Nubia. Il tendit sa main vers son bras et caressa sa peau. Il fut bouleversé par la douceur de sa peau, elle fut bouleversée par la douceur de sa caresse et à cet instant précis ils s'aimèrent.
Il lui dit qu'il ne pourrait l'aimer que libre et siffla son dragon. Il lui demanda de lui faire confiance et l'installa sur son dragon avant de monter derrière elle en la tenant fermement. Alors seulement quand elle se sentit en sécurité la princesse Nubia ouvrit les yeux, ils volaient.

Elle en pris plein les yeux, toutes ces couleurs, toute cette beauté, cet air enivrant, la vitesse, le corps chaud de l'inconnu pressé contre elle et la vie qui recommençait à circuler dans ses veines.

Le dragon se posa au milieu des champs et la princesse Nubia put à nouveau se rouler dans l'herbe, se baigner dans les rivières.
Doucement, patiemment, l'inconnu lui redonna le goût de la liberté, l'encouragea dans ses entreprises, l'emmena faire de longues balades dans la nature, la vit perdre ses kilos de tristesse, l'aima sans jamais chercher à la dominer ou la contrôler, il lui offrit un amour inconditionnel et lui appris la confiance.
La princesse Nubia compris rapidement qu'elle avait enfin rencontré le véritable amour.

Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants.




8.9.16

Les pages de mon vélo

J'ai parlé de lui pour la première fois ici, il y a plus de 10 ans.

Depuis je vous ai plusieurs fois parlé de lui, sans évoquer je crois les circonstances de notre rencontre.

J'avais 21 ans et travaillais sur l'île de Bréhat comme fille au pair. Sur cette magnifique île aucune voiture ne peut circuler, aussi tous les trajets se font à pieds ou à vélo.

La grande villa dans laquelle je travaillais était située sur l'île nord et pour aller faire le marché, je partais à vélo jusqu'à l'île sud. Il n'y avait qu'un seul passage vraiment difficile à vélo sur mon parcours, une pente de 10% au moins qui avait esquinté des mollets bien plus aguerris que les miens.

Un jour où je rentrais du marché à vélo avec le panier plein de victuailles, j'eus la sagesse de ne pas tenter l'ascension de la sournoise pente, même en danseuse (n'est pas Bernard Hinault qui veut*) et descendis de mon vélo pour le pousser jusqu'en haut de la côte, quand apparu un monsieur de taille moyenne, au crane dégarni, cheveux blancs, lunettes rondes et yeux pétillants d'humour. Il m'apostropha à peu près en ces termes** :

"Dites chère Madame, ce n'est pas très courageux d'abandonner si vite, pensez à l'immense satisfaction que vous auriez après avoir surmonté cette épreuve."

Il habitait visiblement la maison dont le mur de clôture en pente longeait la fameuse côte.

je lui répondis : "quelque chose me dit que vous n'avez fait l'acquisition de cette maison que pour le plaisir de vous moquer des malheureux cyclistes."

Il éclata de rire et me souhaita une bonne fin de trajet.

Je venais de faire la connaissance d'Erik Orsenna, écrivain que je ne connaissais pas à l'époque, mais j'ai eu depuis plusieurs fois l'occasion de le lire avec plaisir. J'apprécie l'homme aussi pour ses engagements et ses prises de position courageuses.

Tout cela pour vous dire que j'ai recommencé à lire avec plaisir ces derniers mois et que le dernier roman qui m'a plu est de lui : "L'origine de nos amours".

Possiblement autobiographique, le dénouement m'a laissée sur ma faim, mais l'auteur étant encore de ce monde, sans doute n'en n'a t-il tout simplement pas encore fini avec l'amour.

J'en suis heureuse pour lui.



*oui je sais, encore une référence de vieux, mais je n'ai pas le souvenir d'avoir aperçu un cycliste plus beau que lui à ce jour.
** j'ai beau avoir la mémoire des dialogues, 21 ans ça vous érode le souvenir.

5.9.16

Petit barbecue entre cousins

Mes enfants sont très proches des enfants de ma sœur, ils ont passé beaucoup de temps ensemble depuis leur plus jeune âge, les 7 ont de 10 à 20 ans.
Les joyeux lurons s'entendent très très bien, aussi bien pour partager des rires, des jeux, des chamailleries, que des bêtises. Ayant tous des activités sportives et culturelles très prenantes ils se sont rarement retrouvés tous ensemble ces dernières années, aussi ils étaient ravis de venir passer le premier week-end de l'année scolaire chez nous, avant que toutes leurs activités respectives ne reprennent.

C'était drôlement mignon de les regarder discuter (regarder seulement car ils avaient fermé les portes de la terrasse pour que je ne les entende pas se vanter de leurs faits d'armes au collège) samedi soir, sagement assis autour de la table en faisant un puzzle (qui ne semblait pas avancer bien vite, au vu du nombre de participants, soit dit en passant).

Hier midi leur mère-grand, étant également des nôtres et ne ratant jamais une occasion de nourrir sa descendance, avait organisé un grand barbecue (elle en raffole).

Les cinq garçons, au prise avec les affres de l'adolescence, attendaient les victuailles autour de la table tout en se moquant copieusement les uns des autres. Ils finirent par se focaliser sur le visage de Petitout, qui le pauvre ne peut pas actuellement cacher une lourde hérédité comédonesque.

S'en suivi le dialogue suivant :

Plus jeune cousin de 10 ans : "Ohlàlà moi jamais j'aurai des boutons comme toi, je préfère mourir !"

Petitout : "Ce serait dommage, parce que la puberté c'est le passage de l'enfance à l'âge adulte, ça veut dire que tu resteras toute ta vie un enfant."

Plus jeune cousin de 10 ans : "J'm'en fous, je préfère rester petit alors."

Petitout : "Réfléchis-bien. A la puberté TOUT, je dis bien ABSOLUMENT TOUT, grandit chez un homme, es-tu certain que tu veux rester petit pour tout ?"

C'est précisément le moment que choisit leur grand mère pour arriver en demandant : "Alors les enfants que préférez-vous, des saucisses de Toulouse ou des merguez ?"

Le fou-rire des cousins résonne encore dans la ville de Lyon.