"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent.

Imaginez que la traversée de vos gouffres en vous inspire plus que de la joie. C'était tout cela être le Zubial."

Alexandre Jardin, Le Zubial

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12.11.20

Bel et bien mère belle et rebelle

Toi qui me lis depuis quatorze longues années, sais que je n'ai jamais loupé l'anniversaire d'un seul de mes héritiers, foi de Dolto !

Et que même quand Toutgrand s'était exilé dans les pays de la Loire, j'avais pris train et avion pour lui faire souffler ses bougies.

Alors ce n'est pas un tout petit confinement de rien du tout qui allait me faire rater les 18 ans de Petitout, exilé pour ses études à une bonne heure de la maison. 

Internet étant un espace public et d'aucuns toujours enclins à la dénonciation, je ne vous dirai pas comment je m'y suis prise... 

Mais Petitout a eu la surprise de souffler ses bougies avec sa plus proche famille et ce soir-là, en repensant à son sourire, je me suis endormie avec la sérénité du devoir accompli. 

19.9.20

In-com-pri-se

Croyez moi, ce n'est pas auprès de ma famille que je trouverai le réconfort lorsque je m'offrirai un bon petit syndrome du nid vide, vu que la réaction de ma sister face à ma détresse post-envol d'oisillon fut :

"Nan mais t'es sérieuse ??? Il est à moins de deux heures de chez toi !!!"

(sur le ton de "non mais moi ma fille elle étudie à plus de 10 h de route, alors en cas de gros rhume, pas le temps d'aller lui faire un grog qu'elle est déjà guérie !" ) 

Pas moyen de compter sur le soutien de ma génitrice non plus, qui me boude grave depuis que je lui ai dit que "ben oui, une fois à la retraite je préférerai faire des voyages avec mon amoureux, plutôt que changer tes couches et de toutes les façons je ne vois pas pourquoi tu veux absolument que ce soit moi qui m'en charge alors que tu as quatre autres enfants !"

Quant à mon amoureux malgré l'affection qu'il porte à ma descendance, il voit d'un très bon œil toutes ces velléités d'indépendance et d'autonomie, si j'en crois sa hâte à aller chercher la tronçonneuse pour m'aider à couper le cordon. 

Alors quand en plus, alors que tu t'es tapé 45 minutes de bouchons de début de week-end pour aller le chercher en gare, lors de son premier retour à la maison en week-end, le fils prodigue refuse de t'embrasser en te disant : "Nan mais c'est bon M'man, pas la peine de faire dans l'effusion non-sanitaire pasque j'ai croisé au moins une centaine de personnes avant d'arriver ici : on verra après que j'aie pris une douche à la maison !"... 

D'abord tu te dis : "pas la peine de se mettre les ovaires au court bouillon pour ce @#¥€©¢®$¦§¶©...", et puis tu réalises qu'il a dit "à la maison" et tu souris tout le week-end*. 

*note pour maintenant : arrêter de la jouer "retour du fils prodigue" tous les week-end, le reste de la fratrie commence à s'agacer.



7.9.20

Mon oisillon

Je me suis réveillée au milieu de la nuit, presque en sursaut, en réalisant que Petitout va quitter la maison pour aller faire ses études.

Ce n'est pas le premier enfant à partir, puisque Toutgrand avait vécu un an à des centaines de kilomètres de la maison à 15 ans, mais je savais qu'il allait revenir.

Là c'est différent car Petitout est mon plus jeune enfant et je viens de comprendre que notre vie de famille ne sera plus jamais la même. 

Je me suis réfugiée au salon, où j'ai pleuré une bonne heure, à en avoir mal à la tête. 
Plus je pleurais et plus je me trouvais ridicule de pleurer, parce qu'en réalité je suis heureuse et fière qu'il puisse faire des études qui lui plaisent. 

Mais j'ai quand même continué de pleurer, tout en rigolant, et en me disant que certainement des personnes avaient déjà été internées pour moins que ça.

Et plus je me disais que j'étais ridicule, plus je pleurais, plus je rigolais, plus je me mouchais et plus j'avais mal à la tête. 

Il est heureux que personne dans la maison ne se soit réveillé pour me voir dans cet état. 

Mon Petitout est bien grand désormais. 

6.10.19

L'avant der des der

Cette semaine j'ai assisté à mon avant-dernière réunion parents-profs, mais pas la moindre.

Déjà, toi parent, tu sais combien c'est chiantissime d'assister à ces réunions où tu as l'impression de régresser à vitesse grand V tant les enseignants du second degré ont du mal à réaliser qu'ils ne parlent pas à des adolescents, mais à leurs parents, alors quand en plus l'établissement de ton dernier fiston est dans une ville de grands bourgeois, tu sais que tu vas assister à une démonstration de paons.
C'était presque amusant de constater à quel point ils redoublaient d'ingéniosité pour profiter de chaque intervention professorale pour faire savoir que leurs aînés font médecine, science-po ou centrale.

Mais tout de même mister grosseburnessurlatable a réussi à monopoliser la parole pendant plus d'une heure trente huit minutes et 15 secondes. Ainsi nous savons tout de leur (forcément) exceptionnelle vie familiale, la (forcément) réussite exceptionnelle de leurs enfants, etc. Il ne manquait que son groupe sanguin, mais je n'en suis même pas certaine, à un moment j'ai cessé d'écouter.
Il a trouvé le moyen de se moquer d'une mère de famille en demandant si sa fille se sentirait malheureuse à la maison pour avoir besoin de partir faire de longues études à l'étranger, puis ensuite a placé une blague des inconnus pour faire rire les dindes énamourées sensibles au charme de ce paon de compétition. C'est le moment où j'ai ravalé mon vomi.

Vous l'aurez compris, j'ai cru mourir d'ennui et de lassitude et ce n'est qu'en rentrant à la maison que j'ai réalisé que Petitout étant mon dernier enfant mineur pour quelques mois encore, très bientôt je n'aurai plus à subir ces rendez-vous parentaux obligés.

J'ai pleuré... de joie.

23.9.17

Le tatouage

Vous qui lisez nos aventures familiales depuis plus de 11 ans maintenant, savez que Petitout n'est pas la moitié d'un moqueur, il est même plutôt l'incarnation de la moquerie.

Après 14 ans de moqueries en tout genre sur les plages en apercevant divers tatouages, figuraçionnez vous chers blogocops que Petitout me sortit tout à trac cet été, sans prévenir, juste comme ça, brutalement : "Ben je me dis qu'un tatouage m'irait plutôt bien en fait !".

Après un long silence maternel savamment calculé afin de lui laisser le temps de nous servir la chute de sa blague, force fut de constater qu'il ne plaisantait pas.

Petitout, frère et sœur retenaient leur souffle s'attendant à entendre gronder la colère maternelle (mais c'était sans compter sur ma longue expérience de mère d'adolescent (e) provocateur (rice)), qui ne vint pas.

Je lui dis avec ma voix la plus doucereuse : "Je comprends mon fils, après tout pourquoi pas, c'est une idée intéressante. Disons que je suis d'accord pour que tu te fasses tatouer et vous aussi d'ailleurs mes chers enfants (me tournant vers Toutebelle et Toutgrand avec un grand sourire), ma seule exigence sera que vous vous fassiez tatouer une seule et unique phrase tous les 3 !"

Dès lors il ne fut plus jamais question de tatouage... Avez-vous deviné la phrase ?

25.3.17

Les mots de retard

A l'époque du collège je ne comprenais pas ce rituel qui consistait à remplir une fiche de renseignements, indiquant le métier des parents.
Déjà à l'époque ça me grattait aux entournures, tant cette pratique me semblait destinée à s'accorder les inclinations favorables ou défavorables de l'enseignant.

Mon incapacité à remplir des cases pour mieux m'y enfermer n'ayant fait que grandir avec moi, quand mes enfants sont entrés à l'école j'ai eu toutes les difficultés du monde à remplir les formulaires administratifs avec la docilité le sérieux requis.

Pour Toutgrand, toute soucieuse que j'étais de passer pour une mère « la plus normale possible », la première année de maternelle je me suis pliée à ces rituels, mais très rapidement j'ai cherché à comprendre. Alors j'ai demandé en quoi le fait de savoir si nous étions de nationalité française et les métiers que nous exercions changerait en quoi que ce soit les conditions de scolarité de nos enfants, dès lors que leurs inscriptions avaient été acceptées.
Systématiquement on m'a répondu que ces renseignements servaient à établir des statistiques, plus tard on a même rajouté que ça permettrait de faire le lien entre les catégories socio-professionnelles des parents et la réussite scolaire des enfants...

Je pense avoir fait l'admiration de la personne en charge de la saisie des informations statistiques dans notre académie, qui m'a connue tour à tour dresseuse de tigres, spationaute, horlogère, tisseuse de soie, chanteuse lyrique, fleuriste spécialisée en fleurs des champs, conductrice de poids lourds, vitrailliste, ébéniste, tourneuse-fraiseuse, etc.
Rassurée, elle n'a sans doute pas eu de doutes quant à la fabuleuse stimulation intellectuelle dont bénéficieraient nos enfants au cours de leur scolarité, en étant éduqués par une mère aussi polyvalente.

Lors des réunions de rentrée parents/profs sur la fiche de présence à remplir dans la colonne  lien avec l'élève  j'ai souvent écrit marâtre, syndrôme de stockholm, indéfectible, affectif, maintenu, génétique, spirituel, familial, etc.

Les affaires se sont corsées à partir du collège. Comment faire pour remplir les mots de retard ? Autant les absences peuvent être l'objet de maladies rares et merveilleusement exotiques, mais un retard, à part « problèmes de réveil », « circulation » ou « retard de bus », que mettre ?

Autre problème de taille, dans sa quête d'acceptation sociale l'adolescent n'apprécie pas du tout, mais alors PAS DU TOUT, la moindre tentative de fantaisie maternelle, jusque dans les mots de retard.

Le plus adolescent de mes 3 têtes multicolores, à savoir Petitout, ne m'épargne rien de ma condition de mère d'adolescent. S'il est en retard il me fera la grâce d'accepter que je l'accompagne au collège, mais en le déposant dans une rue parallèle d'où je ne risquerai pas d'être visible des autres collégiens. Si je refuse de l'accompagner il se plaindra d'avoir une mère sans cœur et indifférente qui aura porté plus d'attention bienveillante à ses deux aînés. Si je m'habille avec élégance il me soupçonnera d'être complexée socialement, si je m'habille de façon plus décontractée il me reprochera de me laisser aller. Bref, vous l'aurez compris : quoi que je fasse ça n'ira pas !

Forte de ce constat, il m'arrive de laisser libre cours à ma vraie nature sans me soucier des remontrances adolescentes. Ainsi, pour son premier retard de l'année à l'emplacement « motif» j'ai indiqué : « désynchronisation familiale ». Pour le second j'avais opté pour « indolence provoquée par un déséquilibre hormonal lié à la puberté »
Ces motifs n'ont vraisemblablement pas été considérés comme valables par l'éducation nationale, pourtant ça me semblait plus juste que « problèmes de circulation » ou « panne de réveil ».

Honteux, par la suite Petitout a surveillé de près tout écrit de ma part et je n'ai guère pu faire preuve de lyrisme administratif.
Mais chers amis à cet instant je me réjouis, Petitout a eu deux retards cette semaine et j'ai tout un week-end pour réfléchir à de nouveaux motifs, si vous êtes inspirés merci de partager.