"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent.

Imaginez que la traversée de vos gouffres en vous inspire plus que de la joie. C'était tout cela être le Zubial."

Alexandre Jardin, Le Zubial

11.10.16

SNCF tu crains

Hier j'ai vécu un moment surréaliste.

J'accompagnais ma mère en gare prendre son train quand un contrôleur m'a barré le chemin en me disant que si je n'avais pas mon propre billet je ne pouvais pas monter sur le quai avec elle.
Je lui ai expliqué qu'elle était chargée et qu'il était nécessaire de l'aider jusqu'à ce qu'elle s'installe à sa place. Il m'a demandé si elle avait une carte d'invalidité et puisqu'elle n'en avait pas il m'a indiqué qu'il y avait un service d'accompagnement des personnes âgées par une société privée se trouvant dans la gare, mais un service évidemment payant.

Pressée (le train partait dans le quart d'heure suivant) et estomaquée, je commençais à m'énerver quand en filoutant (et avec l'aide d'un vigile un peu plus humain), j'ai pu à l'insu du cerbère monter sur le quai.
Sur le quai c'était le branle-bas de combat, le filtrage dans la gare ayant entraîné beaucoup de retard, les voyageurs courraient dans tous les sens pour trouver leurs voitures qui n'étaient pas accrochées dans l'ordre numérique. Ma mère, rassurée par ma présence, tenait mon bras solidement de peur d'être bousculée par la foule. J'ai aidé ma mère, qui a certes une mobilité réduite mais encore toute sa dignité, à s'installer dans la voiture.

C'est quoi cette société où l'on ne peut même plus accompagner ses parents âgés sur le quai de départ d'un train ?

7 commentaires:

Mistinguette a dit…

Certes, c'est fâcheux, c'est agaçant, c'est énervant, c'est exaspérant...
En même temps, on est content d'être un peu protégés...
En même temps, on a rarement vu un attentat commis par une personne âgée et sa fille aimante...
En même temps, tu avais sans doute oublié de te raser ce matin, et la barbe + le foulard, ça a dû l'effrayer, le vigile...
En même temps, il aurait pu faire la part des choses, l'exception qui confirme la règle, blablabla...
En même temps, quand t'es vigile, c'est p'tête que t'es pas assez futé pour faire autre chose...
Bref, quand on voit c'qu'on voit et qu'on entend c'qu'on entend, on a ben raison d'penser c'qu'on pense !
:o)

Daphnénuphar a dit…

je me demande jusqu'à quand on va supporter ça.

Je veux dire que je me demande à quel moment on va se révolter.

Se révolter contre le terrorisme, la crise, le climat, la Syrie, la mondialisation, ceux qui sont exploités et qui meurent pour nous fabriquer des trucs qui vont nous intoxiquer à petit feu, ce que fait la France en notre nom sur le plan international (comme vendre des armes), les pansements sur les jambes de bois pour nous sortir du marasme...

Franchement, j'en peux plus. j'en ai marre. j'ai honte. j'y crois plus.

oui, et alors, je fais quoi? je fais des petits trucs dans ma vie, mais je fais rien.

Je supporte. C'est bête d'être capable de supporter jusqu'au non retour. Mais je ne sais pas si je suis encore capable de m'indigner.

Tu sais quoi, j'ai même perdu l'envie de voter. Je suis certaine que si coluche était encore là et qu'il se présentait, il serait l'élu. Et je mets un L' devant élu délibérément.

En attendant, j'attends et je fais le dos rond. J'attends. Je fais ma part de colibri. Mais j'ai bien peur que cela ne suffise pas.

Névrosia a dit…

Mistinguette :
C'était un contrôleur qui était particulièrement obtus et le vigile particulièrement humain.
Il n'y a avait là aucune mise en sécurité des voyageurs mais plutôt la volonté de forcer à l'utilisation des services payants d'une société privée de la SNCF chargée de l'accompagnement des voyageurs âgés jusque dans les voitures. Repenser au regard de ma mère quand il a parlé d'elle comme d'un paquet défectueux à faire livrer par une société spécialisée me fait encore bouillir le sang.

Daphnénuphar :
Mon amoureux est un zèbre-colibri avec de fortes convictions (sans être un ayatollah), un bienveillant, un indigné et c'est l'une des choses qui m'ont plu chez lui.
Je me posais les mêmes questions que toi quant à ma capacité à me révolter très récemment. Au sujet de la Syrie, du conflit israélo-palestinien, de la régression de la condition des femmes dans notre pays, de la montée du racisme bon ton, de l'indigence de nos classes politiques...

Et puis j'ai réalisé que mon actualité personnelle ne me laisse pas le temps de m'engager dans des causes associatives, alors j'essaye d'ouvrir les yeux à mes enfants. Je tiens à ce qu'ils conservent un regard critique sur notre monde, tout en cherchant à le découvrir et le comprendre. L'adolescence n'est pas la période la plus facile pour cela, mais plus ils grandissent et plus je réalise qu'ils ne sont pas dupes et que même s'ils jouent aux mêmes jeux à la mode que les copains et portent les vêtements qui vont bien, ils sont plus profonds qu'ils n'en donnent l'impression et ont souvent des conversations plus vraies et intéressantes que nombre d'adultes.

Il y a des moments où je suis envahie par le découragement moi aussi et puis je regarde mes enfants et je suis pleine d'espoir.
Je veux croire que nos enfants feront mieux que nous, que nous devons croire en leur capacité à changer les choses que nous n'aurons pas su faire évoluer positivement dans notre génération. Je veux croire que tout n'est pas foutu et irréversible. Je veux croire que je n'ai pas engendré des enfants dans un monde en fin de vie. Je veux croire que nous avons touché le fond et que dans un instinct de survie l'humanité remontera à la surface. Je veux y croire très fort, pour nos enfants, petits-enfants...

Je me disais aussi qu'il n'y a plus de Coluche, de Desproges, de Zola.
Je suis sidérée de constater l'usage que les hommes politiques et tous les communicants de notre pays font des réseaux sociaux, d'internet, de la télévision et de plus en plus rarement, de la radio. Il n'est question que de Buzz, de clashs, de répondre aux provocations des uns par la bêtise crasse des autres.

J'ai honte.

Pour tout te dire, je n'ai toujours pas la télé et je m'informe par la radio, mais je ressens bien souvent un trop plein d'informations agressives, futiles, violentes et alors je me coupe du monde pendant 3-4 jours avec le plus grand plaisir.

Eve a dit…

Quand je suis découragée, je pense comme vous à mes enfants, que je vois plus murs et plus ouverts aux autres que je ne l'étais à leur âge: ça me réconforte, me rend optimiste.
Je me sens incapable, pour diverses raisons, de m'engager publiquement, mais je pense parfois que mon engagement, ma part de colibri, c'est l'éducation que j'essaie de leur donner.

C'est la première fois que je vous lis, et vous tombez juste à pic, après une soirée passée avec des gens qui semblent avoir une vie "parfaite", plaine de chance et de choix judicieux...je ne saurais nommer ce que j'aime dans votre façon de parler, et que je retrouve chez mes plus chères amies: la franchise, l'honneteté, le bon sens?
Merci en tous cas!

Névrosia a dit…

Eve :
Bienvenue et merci. Mon blog est très confidentiel et je ne suis hélas pas aussi assidue à ceux des copines que je le souhaiterais faute de temps, mais j'aime beaucoup la sincérité et la franchise de mes blogocops. Elles sont honnêtes et vraies (aussi dans leurs différences) et c'est ce qui me touche.
Je dois vous prévenir que je suis un peu folle aussi :-D

jean marc Ranc a dit…

Bel anniversaire à ce grand ado nait un jour de célébration de l'armistice... Des bises!
Dany

Névrosia a dit…

Dany :
Merci ici aussi ;-)
Bisous