"Imaginez que vous vous donnez soudain le droit d'être furieusement heureux. Oui, imaginez une seconde que vous n'êtes plus l'otage de vos peurs, que vous acceptez les vertiges de vos contradictions. Imaginez que vos désirs gouvernent désormais votre existence, que vous avez réappris à jouer, à vous couler dans l'instant présent. Imaginez que vous savez tout a coup être léger sans être jamais frivole. Imaginez que vous êtes résolument libre, que vous avez rompu avec le rôle asphyxiant que vous croyez devoir vous imposer en société. Vous avez quitté toute crainte d'être jugé. Imaginez que votre besoin de faire vivre tous les personnages imprévisibles qui sommeillent en vous soit enfin à l'ordre du jour. Imaginez que votre capacité d'émerveillement soit intacte, qu'un appétit tout neuf, virulent, éveille en vous mille désirs engourdis et autant d'espérances inassouvies. Imaginez que vous allez devenir assez sage pour être enfin imprudent.

Imaginez que la traversée de vos gouffres en vous inspire plus que de la joie. C'était tout cela être le Zubial."

Alexandre Jardin, Le Zubial

8.9.16

Les pages de mon vélo

J'ai parlé de lui pour la première fois ici, il y a plus de 10 ans.

Depuis je vous ai plusieurs fois parlé de lui, sans évoquer je crois les circonstances de notre rencontre.

J'avais 21 ans et travaillais sur l'île de Bréhat comme fille au pair. Sur cette magnifique île aucune voiture ne peut circuler, aussi tous les trajets se font à pieds ou à vélo.

La grande villa dans laquelle je travaillais était située sur l'île nord et pour aller faire le marché, je partais à vélo jusqu'à l'île sud. Il n'y avait qu'un seul passage vraiment difficile à vélo sur mon parcours, une pente de 10% au moins qui avait esquinté des mollets bien plus aguerris que les miens.

Un jour où je rentrais du marché à vélo avec le panier plein de victuailles, j'eus la sagesse de ne pas tenter l'ascension de la sournoise pente, même en danseuse (n'est pas Bernard Hinault qui veut*) et descendis de mon vélo pour le pousser jusqu'en haut de la côte, quand apparu un monsieur de taille moyenne, au crane dégarni, cheveux blancs, lunettes rondes et yeux pétillants d'humour. Il m'apostropha à peu près en ces termes** :

"Dites chère Madame, ce n'est pas très courageux d'abandonner si vite, pensez à l'immense satisfaction que vous auriez après avoir surmonté cette épreuve."

Il habitait visiblement la maison dont le mur de clôture en pente longeait la fameuse côte.

je lui répondis : "quelque chose me dit que vous n'avez fait l'acquisition de cette maison que pour le plaisir de vous moquer des malheureux cyclistes."

Il éclata de rire et me souhaita une bonne fin de trajet.

Je venais de faire la connaissance d'Erik Orsenna, écrivain que je ne connaissais pas à l'époque, mais j'ai eu depuis plusieurs fois l'occasion de le lire avec plaisir. J'apprécie l'homme aussi pour ses engagements et ses prises de position courageuses.

Tout cela pour vous dire que j'ai recommencé à lire avec plaisir ces derniers mois et que le dernier roman qui m'a plu est de lui : "L'origine de nos amours".

Possiblement autobiographique, le dénouement m'a laissée sur ma faim, mais l'auteur étant encore de ce monde, sans doute n'en n'a t-il tout simplement pas encore fini avec l'amour.

J'en suis heureuse pour lui.



*oui je sais, encore une référence de vieux, mais je n'ai pas le souvenir d'avoir aperçu un cycliste plus beau que lui à ce jour.
** j'ai beau avoir la mémoire des dialogues, 21 ans ça vous érode le souvenir.

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Je n'arrive pas à me connecter à ta page d'il y a 10 ans (pas autorisée).
Par contre Orsenna... J'ai beaucoup aimé ce livre aussi et surtout celui qui s'appelle "Longtemps" tu connais ?
Quant à Bréhat... Je ne l'ai vue que de loin dans des circonstances que je ne pense pas pouvoir raconter ici...
Des bises du Nord
Lysa

myriam a dit…

Naaaaannnnn, t'as été fille au pair sur Bréhat ?! Une de mes îles bretonnes préférées (avec Sein), c'est là qu'on est parties une semaines au printemps (d'il y a longtemps) avec une chouette amie pour fêter notre DE... et Bréhat est l'une des raisons qui me font aimer Orsenna (que je devrais relire, merci pour le tuyau).

Névrosia a dit…

Lysa :
Voilà qui est réparé. Je ne connaissais pas "Longtemps" mais je vais m'empresser d'aller l'emprunter à la bibliothèque ou de l'acheter s'il n'est pas disponible.
Tu es libre de parler de ce que tu veux ici, surtout au sujet de Bréhat, sauf si nous devons finir en prison :-)
Il se trouve que j'ai prévu un voyage dans le département des coquelicots prochainement, en es-tu loin ?
Des bises du paradis lyonnais

Myriam :
Oui, j'en garde un souvenir joyeux et ému. J'y ai passé plusieurs mois, j'ai tout aimé de cette île, jusqu'à l'accueil des insulaires qui ont été d'une gentillesse rare. Si je gagnais au loto (et si je commençais par jouer), j'achèterais immédiatement une maison sur cette île pour y passer au moins 6 mois de l'année.
Les agapanthes sont avec les coquelicots mes fleurs préférées (en dehors des pivoines qui sont les seules fleurs coupées que j'apprécie vraiment) et j'ai hâte de retourner sur l'île en fleurs. Je comprends que vous ayez choisi cette destination pour fêter votre réussite.

Du coup tu m'as donné envie de découvrir l'île de Sein. J'avais déjà envie de découvrir Guernesey après avoir lu "Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" (j'ai adoré, je vous le conseille vivement), mais je réalise que j'ai omis d'expliquer les circonstances de mon départ pour Bréhat.

J'avais donc 21 ans, je venais de terminer mon année scolaire et pour la première fois depuis l'âge de 14 ans je n'avais programmé ni job d'été, ni stage de basket. Je lisais la trilogie de Janine Boissard "l'esprit de famille". Dans "Moi Pauline", il y avait un long descriptif de l'île de Bréhat. Je venais de finir la lecture de ce livre pleine de l'envie d'aller sur cette île, quand le soir-même ma grande sœur m'a téléphoné pour me demander si je n'aurais pas une amie parlant anglais et espagnol qui chercherait un job de fille au pair pour 3 mois car une riche famille parisienne polyglotte possédant une villa sur l'île de Bréhat cherchait quelqu'un en toute urgence, la personne qu'ils avaient recrutée s'étant désistée au dernier moment.
Évidemment j'y ai vu un signe et j'ai candidaté bien que je n'aie jamais auparavant occupé ce genre d'emploi, ils m'ont embauchée et même si le travail avec cette famille était pour le moins... riche d'enseignements sur la nature humaine, je ne l'ai jamais regretté, j'ai fait la connaissance de Bréhat.

Comme c'est un livre qui m'a amenée sur cette île, l'île m'a offert une rencontre avec un grand auteur.


Anonyme a dit…

Je suis sur Lille... Et ne connais pas Lyon ;-)
Tu viens quand ??

Lysa

myriam a dit…

Moi Pauline... J'avais été sur Bréhat bien avant de le lire, et puis je l'ai lu et relu, trimballé partout, il a été mon livre consolant et Bréhat mon île consolante...
Sein est aux antipodes : minuscule, plate, végétation rase, âpre, exposée aux éléments, à mille lieues de la douceur de Bréhat. Elle se mérite, après une traversée qui secoue, au large de la pointe du Raz. Et elle est si belle ! Quand j'étais petite, nous avons vu plusieurs fois des dauphins suivre le bateau...
Et moi, pour les fleurs, en tout premier ce sont les hortensias, qui ont fleuri notre mariage et se sont fort bien adaptés à notre jardin alsacien. Ils ont le mérite de durer toute une saison, contrairement à mes pivoines adorées mais fugaces. Je piquerai des agapanthes au printemps prochain ! ;)
Et je suis un peu jalouse de ta belle histoire !!!


Bellzouzou a dit…

Tu as rencontré Orsenna sur l'île de Brehat, certes, mais aussi Mads au ciné Odéon, faudrait peut-être pas l'oublier!

Névrosia a dit…

Lysa :
A l'automne. Tu es de Lille alors il faudra voir à organiser une blogorencontre à Lille au printemps, car il y a bien longtemps que nous ne l'avons fait et dame Luna vit dans la même ville. Sans compter que votre ville vaut, paraît-il, amplement la visite.

Lyon est sublime, si tu décides de venir la visiter, je serai ravie de te servir de guide.

Myriam :
J'aime la Bretagne de façon immodérée. Un ami breton qui s'en est échappé depuis l'âge de 18 ans ne comprend absolument pas pourquoi, mais j'aime tout. La diversité de ses paysages, ses côtés abrupts et sauvages, ses lumières et ses rochers tout à tour sombres et rougeoyants, ses fleurs sauvages et ses pointes acérées, ses tempêtes prodigieuses et sa quiétude trompeuse, son goût salé et la finesse de ses huîtres... j'aime tout de la Bretagne. Alors sans doute que j'aimerai l'île de Sein.

Ne sois pas jalouse, c'est une question d'équilibre. J'ai la chance de faire de très belles rencontres pour me permettre de supporter celles qui m'ont profondément blessée.

Bellzouzou :
Comment l'oublier ? Mais j'ai un peu plus de mal à le lire :-)

Anonyme a dit…

Allons-y pour le printemps !
Et j'adore aussi la Bretagne !
Vive les rencontres !

Lysa

myriam a dit…

Alors nous partageons encore une chose de plus (sauf les huîtres !)... ;)
La Bretagne, c'est pas compliqué... j'étais ravie de passer 15 jours au Canada, mais c'était dur une année sans Bretagne. Voilà.

Mistinguette a dit…

Oh ! Chouette souvenir !
Moi aussi, j'aime beaucoup Erik Orsenna !
Kiss
:o)

Névrosia a dit…

Lysa :
C'est noté ! Avec grand plaisir.

Myriam :
:-) je comprends, mais le Canada je ne dirais pas non.

Mistinguette :
:-) Kiss

Anonyme a dit…

Si je te dis que j'ai pensé à toi vendredi en pédalant sur Bréhat avec un homme adorable et adoré...

J'espère que tu as passé un bel été.
Et tu es toujours la bienvenue...
Des bises du Nord

Lysa